Décès de «Maman Agate» : Encore privés…

La nouvelle était arrivée au (CAED) vers 06 heures du matin. Dès qu’elle fut annoncée, on n’entendit plus aucun bruit, en dehors des pleurs des bébés de la pouponnière. D’ailleurs, certains avaient hurlé toute la nuit précédente et les nourrices qui étaient de veille avaient déployé tous leurs efforts pour les calmer ; mais c’était sans succès; comme s’ils savaient que quelque chose se tramait…

Ce matin-là, tous les grands du foyer ont été gardés dans leur cour ; aucun d’eux n’a été à l’école. Tandis que certains versaient d’abondantes larmes, d’autres, avec un regard interrogatif, préféraient se terrer dans leur silence. D’un air indifférent, quelques-uns ne présentaient aucune émotion. Des auxiliaires de vie s’étant rassemblées sous le grand hangar racontaient des anecdotes plus ou moins drôles sur elle. On s’était souvenu de plusieurs choses la concernant : sa façon de prendre soin des pensionnaires, d’accueillir les visiteurs, de réprimander ses travailleurs… Tous l’appelaient « maman » ; Maman Agate. Elle savait prendre soin des petits, des grands, de tous…comme si elle les avait mis au monde…Et pourtant, elle n’avait jamais eu d’enfant biologique. Mariée depuis plus d’une vingtaine d’années, elle avait consacré sa vie à la prise en charge des enfants privés de familles dès le bas âge. Elle menait l’essentiel de sa vie au CAED.
Maman Agate était une dame vigoureuse. Premier responsable de l’institution de placement, elle venait régulièrement dans nos dortoirs de jour comme de nuit. Sa gaîté et sa bonne humeur lui ont valu l’attachement de tous les enfants. Elle savait les attirer à elle par des câlins dont elle seule détenait le secret. On se sentait bien dans ses bras. A la moindre occasion, ils s’agrippaient à elle et se bousculaient pour s’asseoir sur ses jambes. Maman Agate connaissait le nom, l’histoire et le caractère de chaque individu logé au CAED. Elle ressentait leurs joies et leurs peines personnelles, et ne se lassait jamais de répondre à leurs questions et préoccupations. Elle avait toujours de belles histoires pour nous encourager à rêver et rester forts. Elle accompagnait parfois les deux élèves du CP2 du CAED à l’école.
Cependant, « M’ma Agaté » souffrait d’une certaine maladie. Mais, en dépit des malaises répétitifs, elle n’avait jamais cessé de courir çà et là pour notre cause. Travaillant d’arrache-pied pour nous offrir un mieux-être, elle nous rapportait des gâteaux, des fruits, des jouets, des bonbons, contactait des gentils tanties et tontons pour nous acheter des savons, couches, lait… Certains enfants définitivement abandonnés trouvaient même de vrais parents par son biais. On avait pleine confiance en elle.
Au fur et à mesure que le temps passait, la maladie prit le dessus sur maman Agate. Son comportement changea. Son corps devint maigre. Sa gaieté disparut. Sa mémoire s’effaça peu à peu au point qu’elle ne se souvenait plus des prénoms des locataires du Centre individuellement. D’ailleurs, elle ne venait même plus vers les logements des enfants ; elle les fuyait. « Kam m’ma » tendait à confier les tâches les plus importantes du CAED à tonton Lambert. Ce mal qui, auparavant, ne l’avait jamais empêchée d’agir en notre faveur, la clouait maintenant au lit des journées entières. La multiplication des crises l’envoyait régulièrement dans des hôpitaux. Ses allées et venues étaient répétitives. On sentait bien l’absence de maman Agate dans les couloirs du CAED. Elle était celle qui comblait le plus le vide laissé par les parents biologiques des internés. Grâce à elle, les enfants privés de parents et surtout de mère retrouvaient une mère.
Puis, un jour, elle ne ressortit plus de l’infirmerie. La maladie l’avait arrachée définitivement aux siens. Jamais personne n’avait imaginé qu’elle s’absenterait un jour. Et voilà que la vie nous privait à jamais encore d’un parent… M’ma Agaté n’est plus. Que vont devenir Kambyanta, Ali et les autres?
Wendpouire

Actu-orphelinat
Hommage à des bénévoles tués par les terroristes !
Il est des bonnes volontés qui militent activement pour le bien-être des personnes défavorisées en général, et des enfants en particulier. Malheureusement, ces hommes et femmes engagés pour la survie, la croissance et le développement de l’enfant sont parfois arrachés par la maladie, pris pour cibles dans des guerres, les conflits armés et autres rivalités. L’attentat suicide qui a eu lieu dans la capitale Ouagadougou le 15 janvier 2016 en est un exemple.
Lors de cet évènement, des bénévoles travaillant dans le social ont été tués à l’instar d’Yves Carrier, de son épouse Gladys, de Maude Carrier (belle-fille de Gladys), de Charlelie Carrier et de deux autres proches de la famille. Ces Canadiens étaient arrivés au Burkina en décembre 2015 pour trois semaines de bénévolat dans un projet humanitaire. Membres du centre Amitié de solidarité internationale de la région des Appalaches (CASIRA) au Québec, ils avaient pour ambition de construire une école et un orphelinat ; à cet effet ils avaient initié une collecte de fonds depuis un bon moment « et participaient au projet dans un esprit d’entraide et de don de soi hors du commun ». S’apprêtant à rejoindre leur pays, ils s’étaient attablés au Cappucino en attendant leur embarquement ; et c’est là qu’ils ont été tués par ces fous de Dieu sans cœur ni foi.
Michael James Riddering a aussi perdu la vie dans ce Café. Né le 29 février 1970, le Directeur de l’orphelinat « Les Ailes de Refuge » est arrivé au Burkina en 2011 accompagné de sa famille. Dans cette structure ayant pour but principal de « prendre soin des orphelins et des veuves dans leur souffrance en vue de leur épanouissement social sans distinction aucune », le missionnaire prenait entièrement en charge 25 pensionnaires grâce aux aides financières de l’organisation chrétienne américaine, « Sheltering wings ». Il était aussi connu pour son action personnelle caritative en faveur des veuves et orphelins. Son œuvre auprès des plus démunis se manifestait par des dons de céréales, d’huiles et d’autres vivres.
Olgah Traoré

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