Lutte contre le coronavirus au Burkina: La médecine traditionnelle n’a pas été associée

Dans la lutte contre le coronavirus, toutes les contributions sont nécessaires. Toutes les énergies doivent être mobilisées. Mais ce n’est pas le cas à cette étape de la lutte. La médecine traditionnelle burkinabè n’a pas été associée. Du 26 au 27 mars, nous avons rencontré plusieurs acteurs de la médecine traditionnelle nationale. Ils confient n’avoir pas été associés dans la recherche d’un remède à l’épidémie, qui a déjà touché cent quatre-vingt (180) personnes et provoqué neuf (9) décès.

11h30. Le soleil assomme la terre de ses brûlants rayons. Nous allons à Larlé. Nous avons un rendez-vous avec Ousmane Ouédraogo, président de l’Action pour la Promotion de la Médecine Traditionnelle (APMT). A notre arrivée, nous devons tout d’abord nous laver les mains au savon, la situation sanitaire nationale oblige. C’est également la nouvelle règle de la maison. Nous sommes accueillis par le président après quelques minutes d’attente. Après les civilités, nous allons droit au but. A-t-il été consulté pour la recherche d’un remède ? Sa réponse est sans équivoque. « Je n’ai pas été consulté dans ce sens. J’ai été contacté, le 11 mars 2020, de même que la Fédération nationale des tradipraticiens de santé du Burkina, pour une rencontre d’information et de sensibilisation sur le coronavirus. Nous avons été formés sur les symptômes, les modes de contamination, les précautions à prendre, etc. Mais, on ne nous a pas associé à la recherche de médicament », explique-t-il.

A la suite de cette entrevue, nous reprenons la route, direction la Zone 1. Là, nous attendant le tradipraticien Ralaké Ouédraogo, Président de l’Association nationale des acteurs de la pharmacopée du Burkina (ANAPHARM). Il n’hésite point, lorsque nous lui posons la question. « Non, n’avons pas été pris en compte dans la recherche de médicaments contre cette maladie », insiste-t-il.

C’est également ce que nous confie Dr Pascal Nadembèga, spécialiste en pharmacognosie (science des substances biologiques à vertu ou potentiel médicamenteux), Directeur de la médecine et pharmacopée traditionnelle (DMPT). Les acteurs de la médecine traditionnelle n’ont pas été pris en compte. « A par la sensibilisation, la contribution des tradipraticiens n’a pas été formellement demandée. Nous déplorons cela. Ils auraient pu nous demander la liste des plantes antivirales que nous avons afin de faire des recherches et des essais. Mais, nous n’avons pas été consultés », regrette-t-il.  

« Nous n’avons pas de médicament pour lutter contre cette maladie »

Nous demandons à nos interlocuteurs s’ils ont une idée des médicaments à base de plantes que l’on peut utiliser pour soigner la maladie. Selon Robert Sawadogo, président de l’Union des associations des tradipraticiens de santé et herboristes (U.A.TSH), les tradipraticiens et herboristes doivent admettre qu’ils n’ont pas de remède au stade actuel de la maladie. « C’est une nouvelle maladie que nous ne connaissons pas. Là, j’invite tous les membres de notre union à se départir de toute prétention. Nous n’avons pas de médicament contre cette maladie. Si on nous demande de fournir des plantes antivirales pour des tests, nous sommes prêts à collaborer », indique-t-il.

Pour Ralaké Ouédraogo, ce serait prétentieux et dangereux d’affirmer avoir le remède la maladie. « Si quelqu’un vous dit qu’il a un remède, méfiez-vous de lui. J’ai horreur du mensonge. Les chercheurs et médecins sont ceux qui peuvent mener cette quête de médicament. Celui qui se vantera de pouvoir la guérir est un menteur et il met en danger sa vie et celle de tout le monde », précise-t-il.

Dans le même sens, Michel Ouédraogo, Secrétaire général de l’Union des associations des tradipraticiens de santé et herboristes (U.A.TSH), condamne d’avance les herboristes qui se lanceraient dans ce jeu. « Nous n’avons pas de remède. Les tradipraticiens doivent collaborer avec les chercheurs si leur aide est demandée. Mais il ne faut pas se vanter d’avoir un médicament et mettre tout le monde en danger. A l’heure actuelle, on ne peut, à notre niveau la soigner. C’est le rôle de la médecine moderne », conclut-il.

Jean-Yves Nébié  

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