Mesures sanitaires à l’aéroport international de Ouagadougou: On y est allé et on a vu !

Dans la crise sanitaire liée à la pandémie du coronavirus, des voix se sont élevées pour dénoncer « l’absence » de mesures à l’aéroport international de Ouagadougou. Nous y avons effectué une visite, ce 19 mars 2020, pour constater les mesures de détection et de prise en charge de cas éventuels de coronavirus. Les agents de santé et les autorités de l’aéroport ont bien voulu nous recevoir et nous présenter le dispositif sanitaire. On y est allé. On a vu. Les détails dans ce reportage !

Que ce soit à l’arrivée ou au départ, le dispositif sanitaire mis en place par les autorités sanitaires et de l’aéroport international de Ouagadougou est visible.

A notre arrivée, vers 11h30, l’affluence n’est pas grande. Nous sommes accueillis par Alexis Zongo, Chef du Service des opérations aéroportuaires, le visage couvert d’un masque médical de protection. Soulagé de recevoir des journalistes pour constater les mesures prises pour détecter et prendre en charge d’éventuels cas de coronavirus, il nous propose de nous faire visiter le lieu.

Il nous guide alors vers le poste sanitaire à l’entrée du compartiment des départs. Là, deux (2) agents nous reçoivent, tous portant une blouse blanche et un masque. L’un nous invite à nous désinfecter les mains avec du gel hydro alcoolique. Puis, il nous prend notre température. Un coup d’œil rapide nous permet de remarquer que le deuxième agent note notre présence sur une feuille.

« Vous ne pouvez pas passer sans que votre température ne soit prise et consignée. Vous pouvez le constater aisément là. Les agents vous interpellent immédiatement. On fait en sorte que personne puisse sortir du pays avec cette maladie ou tout autre », explique Alexis Zongo.

Derrière nous, des passagers arrivent. Certains, plutôt pressés, ne remarquent même pas la présence des agents de santé. Ils sont interpellés immédiatement et soumis à la prise des températures et au lavage des mains.

« Les gens ne sont pas habitués à nous voir. Donc ils ne font pas du tout attention. C’est pourquoi, ils affirment que nous ne sommes pas présents à l’aéroport », indique Prosper Compaoré, Superviseur-coordonnateur des équipes terrains à l’aéroport international de Ouagadougou, qui nous a rejoints.

Accompagnés par des agents de la police, discrets, habillés en civil, portant des masques de protection, nous rejoignons le post des arrivées, point d’entrée sur le territoire burkinabè. Un constat : des agents portants des masques, une caméra thermique discrète, un agent dans une cabine surveille les températures.

« Quand les passagers d’un avion débarquent, ils passent individuellement dans un dispositif où ils sont flashés à trois reprises. Le dispositif est fait de sorte que chaque passager passe à trois reprises devant la caméra. C’est si discret que l’on ne s’en rend pas compte », dit Prosper Compaoré, avant d’ajouter : « Si quelqu’un présente une forte température, la caméra alerte la surveillance. Elle indique même la personne concernée dans la file et la partie du corps concernée ».

Comme Saint Thomas, nous demandons à vérifier et à toucher du doigt les réalités de son assertion. La caméra est donc orientée vers la porte d’entrée frappée par le soleil brûlant qui arrose l’aéroport. L’alarme est vite déclenchée. Ensuite, elle est tournée vers un des écrans, chauffé par son fonctionnement. L’alarme est encore déclenchée.

«Alors chers amis, avez-vous constaté de vous-même ce dispositif ?», nous taquine un des agents présents autour de nous, l’air moqueur.

Comment s’est passée l’arrivée des passagers du vol Ethiopian Airlines du 16 mars 2020 ?

Le visage détendu, Alexis Zongo nous explique ce qui s’est passé à l’arrivée des passagers du vol Ethiopian Airlines du 16 mars 2020. « Dès qu’ils sont arrivés, ils ont été convoyés dans deux (2) cars et mis à l’écart pour les enquêtes. A l’extérieur, nous avons un centre d’isolement où les cas suspects attentent les autorités sanitaires compétentes. Ils ont été isolés. Après, nous avons désinfecté les véhicules et le centre. Même si les véhicules n’ont toujours pas été remis en services », affirme-t-il.

Pour nous en donner des preuves, il nous présente le centre d’isolement. Comme pour appuyer son argumentaire et apporter des preuves, il nous présente des photos de la séance de désinfection des cars et du centre d’isolement. On y voit des agents, armés de matériels de pulvérisation, de combinaisons étanches blanches, le visage entièrement caché dans un masque. Ils libèrent sur les lieux des agents désinfectants pour éliminer cet ennemi microscopique virulent et très contagieux.

Pour mémoire, cinquante-neuf (59) passagers du vol Ethiopian Airlines du 16 mars 2020 avaient été mis en observation après qu’un citoyen chinois ait été dénoncé comme un cas suspect de patient atteint de coronavirus. Le lendemain, 17 mars 2020, les examens complémentaires se sont révélés négatifs et les passagers mis en liberté.

Le dispositif est-il efficace ?

« Nous sommes tous sur pied pour assurer la veille. Mais, la difficulté est qu’une forte température ne signifie pas forcément que l’on a la maladie. On peut avoir une autre maladie comme le paludisme. Pour rester vigilant, nous vérifions les fiches de renseignement données à chaque voyageur. Sur cette fiche, il y a des informations essentielles qu’on demande : est-ce que le voyageur vient d’un pays contaminé ? A-t-il de la fièvre ? De la toux ? Des difficultés respiratoires ? Etc. Si ces réponses sont positives, on l’isole et il est pris en charge par les autorités sanitaires compétentes. Ces fiches de renseignement sont toutes analysées sur place en présence des voyageurs. S’ils ont séjourné dans des pays à risque, ils sont isolés pour des examens complémentaires par les autorités », précise-t-il.

Le tour du propriétaire fait, les dispositions de détection constatées, nous avons pris congés de ces hommes et femmes, aussi préoccupés par la situation sanitaire liée à l’épidémie de coronavirus. « Nous sommes aussi des Burkinabé et nous n’avons pas intérêt à cacher les réalités. Si la situation se dégrade, nous avons tous des familles dans le pays. Nous prenons toutes les dispositions pour faire notre travail. J’invite les populations à respecter scrupuleusement les mesures de santé. On est tous des fils et filles de ce beau pays et on n’a pas intérêt à ce que la situation se dégrade », exhorte Prosper Compaoré, heureux que le voile soit levé sur les actions sanitaires mises en place à l’aéroport international de Ouagadougou.

Jean-Yves Nébié
Myriam Ouédraogo

(Stagiaire)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *