Participation aux événements sociaux nocturnes et exposition aux piqûres de moustiques en zone rurale[1]

Le paludisme est une maladie parasitaire, transmise par un moustique anophèle femelle d’une personne malade à une personne non malade. Chaque année le monde enregistre plus de 200.000.000 de cas de paludisme et plus de 400.000 décès, dont la grande majorité en Afrique. En 2018, le Burkina Faso a enregistré 11 970 321 cas de paludisme, 506 513 cas graves et malheureusement 4 292 décès selon le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP 2019).  Le Ministère de la Santé, soutenu par ses partenaires techniques et financiers, travaille à la réduction de la maladie à travers des programmes de distribution de masse de moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action, de pulvérisation intra-domiciliaire, de gratuité des soins pour les enfants de 0- 5 ans. Ces efforts ont contribué à baisser les cas de maladies et de décès. Cependant, force est de constater la persistance de la maladie malgré les différents efforts. De ce fait, la recherche doit intégrer de multiples aspects pour une meilleure prévention et prise en charge de la maladie. Le comportement à risque des communautés face à la protection contre les piqûres de moustiques est une problématique sur laquelle nous avons travaillé en observant les comportements des membres de la communauté lors d’évènements sociaux nocturnes telles que les cérémonies traditionnelles de funérailles, de danses des masques ou de mariage dans des villages à l’Ouest du Burkina Faso. 


Description des villages sites d’étude

L’étude a été réalisée dans les villages de Kimidougou et Santidougou situés à l’Ouest du Burkina Faso, à environ 25 kilomètres de la ville de Bobo Dioulasso. Il existe plusieurs similitudes dans la structure sociale de ces deux villages. Les habitants sont principalement des bobo et cohabitent avec d’autres ethnies, les moosé, samopeulhs, dafing et constituent ensemble presqu’une structure homogène du fait de leur intégration sociale. Les villages se composent de «sokala» qui sont des grandes familles, elles-mêmes composées de concessions, qui sont à leur tour constituées de ménages. Il existe une cohésion sociale entre les grandes familles qui engendre une solidarité entre les membres de la communauté qui se manifeste dans plusieurs domaines telle que l’assistance mutuelle lors des événements sociaux. Les villages sont sous l’autorité d’un chef de village assisté par des leaders.

L’organisation des évènements sociaux nocturnes

Les membres de la communauté se regroupent hors des concessions pour les cérémonies de mariage, de baptême, de funérailles, coutumes (danse de masques, fête de nouvel an…), rencontres de loisirs (jeux de cartes, prise de thé, visualisation de télévision, échanges entre jeunes gens…). Ces activités sont organisées dans les espaces publics du village. Les adultes, les jeunes gens, et les enfants de 0 – 5 ans participent tous ensemble à ces activités sociales.

En saison pluvieuse, les cérémonies commencent tôt, dès 18h00 et durent jusqu’à 3h00 ou 5h 00 du matin.  En saison sèche, elles commencent à partir de 21h00 jusqu’à 6h00 du matin. La majorité des participants aux cérémonies restent assis ou débout observant les danseurs et les musiciens. Certains sont endormis dans des chaises ou sur des nattes. Les participants aux cérémonies ne bougent pas beaucoup et sont ainsi plus exposés aux piqures de moustiques.

La protection contre les moustiques lors des évènements sociaux nocturnes

Les moyens de protection classiques contre les moustiques que sont les moustiquaires imprégnées d’insecticide, les bombes aérosols ne sont pas utilisées lors des évènements sociaux nocturnes. Les spirales sont quelque fois utilisées et les vêtements sont les moyens de protection les plus utilisés par les participants aux cérémonies. Les hommes ont tendance à préférer les pantalons et les chemises manches longues ou tee-shirt. Les femmes en plus de leurs vêtements qui sont généralement longs aussi ont un pagne qu’elles utilisent comme couverture et comme moyen de protection contre la fraicheur et les moustiques. Cependant toutes les parties du corps ne sont pas couvertes par ce pagne.

La majorité des enfants, seulement habillés de tee-shirts manches courtes dorment sur des nattes, à côté des adultes, sans protection aucune, et n’ont même pas de pagne comme couverture.  

La présence des moustiques

Les entomologistes c’est- à-dire les scientifiques travaillant sur les moustiques et la relation entre les moustiques et le paludisme déclarent que les moustiques responsables du paludisme piquent le plus souvent, lorsque les individus sont hors de la maison, donc loin des moustiquaires. Ceci veut dire que les participants aux événements sociaux nocturnes sont à des endroits où les moustiques sont également présents. Ils s’exposent ainsi donc aux piqûres des moustiques. Il est également reconnu que la densité des moustiques du paludisme est élevée en saison de pluies correspondant aussi à la période où des regroupements humains nocturnes se tiennent aussi. En résumé, les moustiques et les hommes se retrouvent dans le même espace.

Conclusion

Les comportements des hommes les exposent aux piqûres de moustiques. La participation aux événements sociaux nocturnes organisés en dehors des maisons est une pratique à risque puisque les participants ne sont pas suffisamment protégés contre les piqures de moustiques. Les participants à ces événements ne sont pas toujours actifs et les événements correspondent quelque fois à des périodes de fortes présences de moustiques. Aux évènements sociaux s’ajoutent les activités quotidiennes réalisées par les membres de la communauté au sein de leurs concessions qui sont entre autres, discuter entre membres de la famille, écouter la radio, ou regarder la télévision. Ces activités se font assis ou couché, loin des moyens de protection contre les piqures de moustiques telle que la moustiquaire imprégnée d’insecticide. De ce fait, les comportements des communautaires doivent être pris en compte dans la réflexion globale de la lutte contre le paludisme.

Dr. Léa Paré Toé

Chercheur en Sciences sociales

Institut de Recherche en Sciences de la Santé

Bibliographie

  1. Lea Paré Toé. Jean W. Birba. Persistance du paludisme et comportement humain. Rapport du volet sciences sociales de l’étude Investigating magnitude and drivers  of persistent plasmodium infection in west Africa , 2016
  2. Marceline F. Finda , Irene R. Moshi, April Monroe, Alex J. Limwagu, Anna P. Nyoni, Johnson K. Swai, Halfan S. Ngowo, Elihaika G. Minja, Lea Pare Toe, Emmanuel W. Kaindoa, Maureen Coetzee, Lenore Manderson, Fredros O. Okumu ; Linking human behaviours and malaria vector biting risk in south-eastern Tanzania. PLoS One. 2019;
  3. Moiroux N, Gomez MB, Pennetier C, Elanga E, Djènontin A, Chandre F, et al. Changes in anopheles funestus biting behaviour following universal coverage of long-lasting insecticidal nets in benin. J Infect Dis. 2012;206:1622–1629.

[1] Ces travaux proviennent d’une recherche réalisée par l’Institut de Recherche en sciences de la Santé (IRSS) sur la persistance du Paludisme. Léa Paré Toé était en charge de la  composante science sociale de la recherche.

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