Réouverture du marché: Roodwoko Les vieilles habitudes ont la peau dure

Fermé le 26 mars 2020 à cause de la pandémie de coronavirus, le marché central de Ouagadougou, Roodwoko, a, de nouveau ouvert, ses portes, le 20 avril 2020. L’ouverture de ce marché par l’exécutif communal sert d’essai pour la réouverture des autres marchés. Mais au préalable, des conditions ont été fixées : distanciation sociale, port obligatoire du masque, lavage des mains, limitation à deux personnes devant chaque boutique. Mais ces règles sont-elles appliquées par les commerçants ? Soixante-douze (72) heures après l’ouverture, nous avons fait une excursion dans le marché. Si certaines mesures sont mises en application, force est de constater que les vieilles habitudes ont la peau dure.

Les autorités communales ont-elles ouvert la boîte de pandore, en procédant à la réouverture du marché central de Ouagadougou ? Difficile à cette étape de répondre à cette question. Mais soixante-douze (72) heures après, nous y avons fait une visite pour constater l’état des lieux et l’application des mesures sanitaires.

Difficile de respecter la distanciation sociale de 1 mètre

Dès l’arrivée des commerçants et des clients, des volontaires, masques sur les visages, en binômes, reconnaissables à leurs gilets de couleur orange, procèdent à la prise de température (avec un thermo-flash) et à la désinfection des mains avec une solution hydroalcoolique. Des lave-mains sont aussi mis à disposition. Puis, ils prennent le soin de vérifier que chaque individu porte un masque ; ceux qui n’en portent pas, ne sont pas autorisés à accéder au marché. Des policiers veillent au grain et n’hésitent pas à interpeller et à sensibiliser tous ceux qui résistent.

Jean Modeste Congo, Contrôleur de police municipale prévient que son équipe sévira, après la sensibilisation

Un commerçant tente de passer en force. Il est immédiatement interpellé par les volontaires sous l’œil vigilant d’un policier posté à quelques mètres. Ils lui expliquent les raisons de leurs présences et le bien fondé de ce dispositif. Finalement, il se retire pour s’équiper d’un masque. Ce comportement est récurrent, selon Gilbert Zongo, superviseur des équipes de volontaires. « Certains commerçants ne sont pas du courtois. Quand ils ne remplissent pas les conditions, nous leur expliquons les consignes. Nous leur demandons de s’acheter un masque et de se soumettre aux règles. Mais certains refusent et se plaignent. Ils ne sont pas courtois. Mais nous respectons les consignes à notre niveau », explique-t-il.

Des mesures diversement appliquées

Nous quittons ces volontaires pour nous engouffrer dans le marché. Celui-ci commence à accueillir un grand monde, en majorité des commerçants. Les comptoirs s’ouvrent, les articles sont exposés. Mais, conformément aux différentes consignes, les vendeurs ne peuvent pas occuper les allées du marché, marquées par une bande rouge. Mais des dizaines de personnes y sont assises, pour interpeller d’éventuels clients.

A l’intérieur du marché, les commerçants ne portent plus leurs cache-nez et s’installent sur les bandes rouges

Un constat immédiat : une fois à l’intérieur, les différents locataires ne respectent pas strictement les règles. Beaucoup baissent leurs masques sur le menton. C’est le cas de Sayouba Tapsoba, vendeur de ceintures qui nous accoste. Il se défend et se plaint de la morosité du marché. « Quand je porte le masque, je ne respire plus correctement. J’ai des difficultés. Je sais que c’est important, mais je suis vite essoufflé et c’est difficile. Mais il faut dire que depuis l’ouverture, le marché n’est plus comme avant. Tout le monde a peur de nous approcher à cause de la maladie. Cela ne nous arrange pas. Les clients, qui n’ont pas de masques ou de cache-nez, ne peuvent entrer et ce n’est pas bon. On nous dit aussi de respecter la distanciation sociale mais, c’est un marché, on ne peut pas mettre cela en pratique », dit-il.

Les volontaires, postés à l’entrée du marché, prennent la température et désinfectent les mains des usagers

Presque tout le monde a le masque baissé. Dans les allées, de petits groupes se forment aux abords des boutiques. La distanciation sociale n’est pas respectée. Les commerçants empiètent sur les bandes rouges. C’est un capharnaüm. La règle dans ce lieu est la promiscuité. Alors nous continuons à parcourir les différents étales et nous rencontrons Ibrahim Nikiéma ; lui non plus ne porte son masque. « C’est vrai qu’il faut porter le masque ou le cache-nez, mais je ne peux le garder parce ce que je ne peux plus respirer normalement », affirme-t-il. Décidément, les commerçants de ce marché ne respectent rien et semblent tous souffrir de difficultés respiratoires. Ils se sont passé l’excuse, on dirait. Mais qu’encourent les contrevenants aux consignes ?

La police veille au grain

Un coup d’œil rapide et nous constatons des patrouilles de la police municipale, supplées par leurs collègues de la police nationale. Les policiers sensibilisent et expliquent les mesures et les gestes barrières à respecter impérativement. A la vue de ses hommes et femmes de tenue, tous les contrevenants remettent en place leurs masques. Il y a comme une défiance de l’autorité.

Nous nous rendons au Commissariat du marché pour nous entretenir avec les responsables sur le dispositif sécuritaire. Nous sommes reçus par Jean Modeste Congo, Contrôleur de police municipale. Après une trentaine de minutes d’attente, il nous invite à son bureau. « Pour le moment, les gens n’ont pas encore pris en compte les mesures barrières qui sont très importantes pour lutter contre la maladie. En rentrant, ils portent leurs masques. Mais quand ils rentrent, ils les retirent. Nous avons donné des consignes. On passe dans les artères et quand on voit quelqu’un qui a le masque baissé, on le sensibilise. S’il refuse, on le met dehors. Ce sont des consignes fermes », dit-il. Et d’ajouter : « Souvent les gens savent qu’ils ne doivent pas agir ainsi, mais ils le font. Quand ils nous voient venir, ils portent leurs masques. On tolère. Mais il y aura une période, passée la sensibilisation, nous n’allons plus tolérer cela. Les consignes sont claires. Le port du masque est obligatoire. Il viendra le moment où nous allons expulser les gens qui baissent leurs masques et les remontent quand ils nous voient. On se dit que d’ici la fin de la semaine, les gens vont prendre conscience et s’habituer ».

Pour faire respecter les mesures, plus de quatre-vingt (80) policiers patrouillent dans le marché et arpentent les moindres recoins du marché pour traquer les indisciplinés. Soixante-dix (70) policiers municipaux sont commis à cette tâche. Ils bénéficient du soutien de la police nationale : par jour, dix (10) agents viennent en renfort, nous révèle Jean Modeste Congo.

Au tour du marché, les mesures foulées au pied

Roodwoko a rouvert ses portes. Les petits marchands qui gravitent et dépendent de ce marché sont également de retour. Des marchands à la crié apostrophent les clients, se rapprochent d’eux en ignorant la distanciation sociale. Dès notre sortie, Salif Ouédraogo, sans masque, nous prend d’assaut, en nous proposant des ceintures et des chaussettes. Nous faisons un pas en arrière avant d’entamer la discussion. Il nous explique alors pourquoi, il est difficile de respecter cette mesure. « C’est difficile parce qu’il est important de s’approcher près du client pour mieux discuter des prix », confie-t-il. Autour de nous, de nombreuses personnes ne respectent pas les mesures, malgré les risques sanitaires.

Salif Ouédraogo, marchand ambulant

Puis, surgit derrière nous une exception. Nous voyons arriver Gaël Nana, vendeur de cache-nez pour enfant. Ses articles en mains, cache-nez sur le visage, il nous aborde. Il expose les raisons du choix de vendre ces articles. « On dit que le port du masque est obligatoire. Si les adultes en portent, il en faut aussi pour protéger les enfants qui viennent ici. J’ai donc décidé de confectionner et de vendre ces cache-nez au prix unitaire de deux cent (200) F CFA. Tout le monde doit être protégé », confie-t-il.

Nous quittons le marché, partagé entre joie et tristesse. D’une part, nous sommes heureux de la reprise. Mais, nous sommes, d’autre part, peiné de voir tous ces gens se côtoyer, en foulant au pied les consignes sanitaires. En attendant, les résultats de cet essai, espérons que les usagers de ce marché ne se contaminent et propagent le virus.

Jean-Yves Nébié

Télesphore Sawadogo

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