Reprise du transport et gestes barrières: Ça roule mais…

Annoncée pour le mardi 05 mai 2020, la reprise des activités de transport interurbain, périurbain et rural est effective. Pour ce premier jour, à Ouagadougou, nous avons effectué une excursion dans les gares de quelques compagnies de transport afin de constater le respect des mesures barrières (distanciation, nombre réduit de passagers dans les cars, lavage des mains, prise de température, port obligatoire du masque ou du cache-nez, etc.). Dans l’ensemble, ces mesures sont respectées, même si quelques personnes essayent de se soustraire de l’application des consignes, créant des altercations et une volée de bois vert.

Chaude querelle à la Société Bonkoungou Transport de l’Agneby (SBTA). Belle entrée en matière pour notre reportage sur le respect des consignes sanitaires. Personne ne remarque la présence de notre équipe. Entre le chef de gare, Karim Ouédraogo, et l’un des passagers, le torchon brûle. Les tons montent et il faut l’intervention d’un tiers pour calmer les esprits.

A la SBTA, on interpelle les usagers sur les gestes barrières

La cause de cette dispute est le non-respect du port obligatoire du masque ou du cache-nez. Le visage enturbanné, le passager estime que son foulard remplace le masque ou le cache-nez.  De ce fait, le bonhomme hausse le ton.

Impossible d’accéder à la gare sans se désinfecter les mains

Le responsable de la gare est hors de lui et menace de débarquer l’indélicat. « S’il ne veut pas porter un masque, faites descendre ses bagages. Qu’il change de gare pour voyager. On le fait pour protéger tout le monde. C’est obligatoire, même hors d’ici. Qu’il respecte la mesure et c’est tout », lance Karim Ouédraogo au convoyeur. L’altercation se poursuit pendant une minute et demie, avant que le voyageur ne s’éclipse aidé par les badauds et les employés.  

Karim Ouédraogo, Chef de la Gare SBTA Gounghin

Enfin, le responsable se dirige vers nous lorsque nous l’interpellons. L’énervement se lit sur son visage. Mais il accepte de nous recevoir. « Nous veillons au respect strict des mesures édictées afin de limiter la propagation du coronavirus. Avant de rentrer dans notre gare, les visiteurs doivent au préalable se laver les mains dès la porte d’entrée et porter un masque afin d’être reçu. Nous avons revu à la baisse le nombre de passagers dans nos cars. On n’accepte pas ceux qui refusent de se conformer aux consignes. Personne n’est au-dessus des règles ici », explique-t-il.

Awa Ouédraogo doit rejoindre Koudougou pour la reprise des cours

Si les contrôleurs veillent au grain, il y a, toutefois, un couac. Dans cette compagnie, il n’y a pas un dispositif de prise de température. Sur ce point, le chef de gare n’a pas voulu s’attarder sur la question. Mais il y a bien un dispositif de lavage des mains et une pancarte de sensibilisation, placardée à l’entrée, qui rappelle les mesures barrières à tous les visiteurs. Des agents, sommés d’être vigilants, veillent au grain.

Autres lieux, autres constats

A la compagnie de Transport Sana Rasmané (TSR) de Gounghin, par contre, les mesures sont aussi respectées, mais avec un plus. Pour accéder à la gare, tout le monde doit se laver les mains à l’eau et au savon. Les agents de sécurité sont postés et contrôlent toutes les entrées. Après quelques pas à l’intérieur, le voyageur se retrouve face à un impressionnant portique installé pour la prise de température. Là aussi, il y a quelqu’un qui surveille les allers pour éviter que quelqu’un se dérobe au contrôle.

Après le lavage des mains, on entre par le géant portique pour la prise de température

Passés ces étapes cruciales, nous nous retrouvons face à une dizaine de véhicules prêts pour desservir plusieurs villes du pays. Au micro, Kamal Konaté, Contrôleur interne de la gare, effectuant la ronde au tour des cars, rappelle les différents gestes barrières à respecter. Devant chaque bus prêt pour le départ, il vérifie les tickets d’embarquement et fait des observations à chaque passager.

Les voyageurs sont pressés de rentrer chez eux

Nous l’accostons. Il nous invite à monter avec lui dans l’un des bus en partance pour Bobo-Dioulasso. Ce car n’est pas plein. La cause est la réduction du nombre de passagers par véhicule. Chacun porte un masque ou un cache-nez.    

« Nous sommes toujours dans la sensibilisation et les voyageurs respectent les mesures. Nous veillons vraiment à cela. Un passager sans masque n’a pas accès à nos cars. Nous avons aussi revu à la baisse le nombre de passagers. Nous avons désinfecté tous nos véhicules et à chaque fois qu’un car vient avec des passagers nous renouvelons cette action. Avec environ 80 départs par jour nous nous devons de sécuriser nos clients », affirme-t-il.

Landry Bagnon salue la reprise des activités de transport

Tous les voyageurs sont-ils aussi réceptifs ? Non, répond Kamal Konaté. « Il y a des gens qui comprennent difficilement. Alors, nous expliquons davantage pour les amener à se conformer. Si après le voyageur résiste toujours, on l’invite à repartir. Nous devons respecter le protocole d’accord signé entre nos responsables et le gouvernement. C’est d’ailleurs une obligation pour chaque personne. C’est une question de santé. Personne ne veut se faire contaminer et contaminer les autres », insiste-il. 

Des passagers soulagés mais inquiets

Cette reprise est une bouffée d’oxygène pour les usagers. Beaucoup rentrent enfin chez eux, après près d’un mois d’absence à cause de la mise en quarantaine des villes ayant au moins un cas positif de Covid-19. Les élèves et les étudiants rejoignent leurs villes hôtes. « La reprise des transports est une bonne chose. Je rentre à cause de la reprise des cours. Mais, on a toujours peur qu’à cause de cette reprise des transports, le nombre de cas positifs explose », confie Awa Ouédraogo, étudiante à Koudougou.

Pour Landry Bagnon, commercial de produits divers dans les cars, les affaires reprennent. « Cette reprise est très positive pour moi et je suis content de voir que les mesures sont scrupuleusement respectées ici. Nous, passagers, respectons les consignes pour éviter la propagation du virus. Il le faut pour éviter qu’on suspende à nouveau les activités », explique-t-il.

Dans d’autres compagnies, les usagers accourent également. C’est le cas à la gare de Saramaya Transport, jouxtant l’échangeur de l’Ouest. Là, les agents ne veulent pas nous parler. Les responsables sont absents et les langues sont liées. Mais nous avons pu constater une faible mobilisation des passagers. Les mesures de distanciation sont de mise et les agents sont aux aguets.

A l’escale de la Société de Transport Aorèma et Frères à Silmiyiri (Arrondissement 9), la mobilisation n’est pas vraiment au rendez-vous. Nous constatons que certains ne portent pas de cache-nez ou de masque. Le chef de gare refuse également de répondre à nos questions. A la gare de la compagnie, située non loin du Théâtre populaire, les portes sont restées closes pour ce premier jour. Les seuls occupants, des tas de ferrailles rouillées soumis aux intempéries.

Yaya Kouanda a repris ses activités devant la gare TSR de Gounghin

Au tour des gares, les affaires reprennent

Vendeurs de téléphones, de repas, de boutiques, de chaussures, sont de retour aux abords des gares. Cette reprise est un nouveau souffle pour ces économies informelles qui gravitent autour des terminaux au grand bonheur des commerçants. Yaya Kouanda, gérant de Télécom, est heureux. « Nous sommes vraiment contents de la reprise des activités à la gare. Nous avons épuisé toutes nos économies en restant à la maison sans travailler. C’est une bonne nouvelle, même si l’affluence n’est pas grande pour le moment », conclut-il.

Pour mémoire, cette reprise des transports est consécutive à l’entrée en vigueur, le 04 mai 2020,  du décret n°2020-0325/PRES portant suspension de la mise en quarantaine des villes ayant au moins un cas positif de Covid-19.

Jean-Yves Nébié

Myriam Ouédraogo (stagiaire)

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