Stop Covid-19 Burkina: « Notre but est de combattre la rumeur et sensibiliser nos concitoyens » (Joseph Natama)

Dans le cadre de la lutte contre le coronavirus (Covid-19), de nombreux acteurs se mobilisent, tant à Ouagadougou que dans les autres villes du Burkina Faso. Sur les réseaux, des volontaires se mobilisent spontanément pour apporter leurs contributions à la riposte. C’est le cas de ces jeunes du groupe facebook Stop Covid-19 Burkina (composé de plus de dix-huit mille (18 000) membres). Les adhérents de la ville de Fada N’Gourma se sont organisés et ont initié une campagne de sensibilisation des populations. Le 21 avril 2020, Joseph Natama, promoteur du groupe, nous a accordé un entretien dans lequel il nous parle des activités déjà effectuées.

Vous êtes le promoteur du groupe Stop Covid-19 Burkina. Qui est Joseph Natama ?

Joseph Natama, promoteur du groupe Facebook Stop Covid-19 Burkina

Tout d’abord, je vous remercie pour l’intérêt que vous accordez au groupe Stop Covid-19 Burkina en nous donnant l’opportunité de nous exprimer par le canal de votre journal Infos Sciences Culture.

Je suis Joseph Natama, agent technique dans une Société cotonnière et actif sur les réseaux sociaux.

Que retenir de ce groupe et de ses objectifs ?

Depuis l’apparition du Covid-19 et sa propagation en Asie et en Europe, les gens racontaient sur les réseaux sociaux en Afrique et particulièrement au Burkina Faso ici que le virus ne tue pas les noirs jusqu’à ce qu’il y ait les premiers cas de contamination et même des décès dans notre pays.

Nous avons fait des recherches sur les sites spécialisés en matière d’infectiologie, et nous avons trouvé que c’était de la désinformation. Et comme vous le savez, au Burkina Faso, la majorité de la jeunesse est sur les réseaux sociaux. D’où la dangerosité de ces Fake News. Nous  nous sommes demandé ce que pouvons faire pour donner l’information juste au peuple, à travers les réseaux sociaux. C’est ainsi que l’idée de la création d’un groupe Facebook est née le 14 mars 2020. Aujourd’hui, nous sommes autour de dix-huit mille (18 000) membres. Le groupe a pour objectifs de donner l’information juste, de combattre la rumeur, de sensibiliser et d’alerter nos autorités sur les cas de Covid-19.

Dès les premières heures de la maladie, vous avez organisé un groupe de jeunes volontaires pour aider la mairie de Fada à sensibiliser sur le coronavirus. Quelles sont les actions que vous menez sur le terrain ?

L’un des objectifs du groupe, c’est la sensibilisation. J’ai eu l’idée de lancer un SOS dans le groupe afin de rentrer en contact avec les infirmiers, élèves-infirmiers, étudiants en médecine et volontaires de la ville de Fada. C’est alors que trente-sept (37) volontaires (infirmiers, élèves-infirmiers, étudiants en médecine) membres du groupe Stop Covid-19 Burkina se sont prononcés. Nous nous  sommes donné pour objectifs : de sillonner la ville, en commençant par les camps des déplacés internes. Par la suite, nous avons approché la mairie pour demander son autorisation. Le maire a trouvé l’idée louable car il avait, dans les perspectives, la même activité pour la ville. Après des concertations avec d’autres acteurs, nous avons débuté la sensibilisation, avec l’accompagnement de la Mairie et du Haut-commissariat de Fada.

Les membres du groupe Stop Covid-19 Burkina à Fada

Du 09 au 11 avril 2020, nous avons sensibilisé trois cent soixante-neuf (369) ménages ; cent douze (112) kiosques et boutiques ; trente-cinq (35) grins de thé ; quinze (15) bornes fontaines ; soixante (60) cabarets et autres.

Comment les habitants de la ville de Fada vivent-ils avec les mesures sanitaires et les restrictions des libertés ?

Les mesures sanitaires sont bien adoptées par la majorité de la population. La plupart des gens, que nous avons touchés, ont pris pour habitude le lavage des mains à domicile. Le plus difficile, c’est la fermeture des marchés, car il y a des  gens, dans la localité, qui vivent au jour le jour. Pour ces derniers, c’est très compliqué. C’est une première au Burkina, ce n’est donc pas facile de s’adapter très rapidement. Sinon, dans l’ensemble, les gens respectent les gestes barrières.

Votre groupe travaille en collaboration avec la Mairie de la ville. Dites-nous quelles sont les différentes mesures adoptées par les autorités communales pour prévenir la maladie ?

D’abord, il faut noter que le groupe Stop Covid-19 Burkina ne travaille pas en collaboration permanente avec la commune de Fada. Le groupe est représenté partout au Burkina Faso. Il est indépendant et apolitique. Je le disais tout à l’heure, avec la commune de Fada, nous avons simplement collaboré durant la sensibilisation du 9 avril 2020. C’était notre première action mais d’autres actions sont prévues dans d’autres villes du Burkina.

En ce qui concerne les actions menées par les autorités de la commune de Fada, nous avons noté que le maire a fait des sorties surprises dans les maquis de la ville pour sensibiliser les acteurs à l’importance de respecter les mesures de prévention. Nous avons également constaté que la commune a eu des rencontres avec les dolotières et les commerçants pour tirer la sonnette d’alarme sur la pandémie. Elle a organisé des émissions spéciales radiophoniques. La commune a également offert des kits d’hygiène à des structures, etc. Je ne saurai être exhaustif.

Lors d’une séance de sensibilisation

Quelles sont les difficultés dans la mise en œuvre de vos activités ?

Les difficultés ne manquent pas. Par exemple, lors de notre dernière sensibilisation de trois (3) jours, les volontaires, qui s’étaient repartis en binômes, ont ressorti des difficultés telles que le manque de matériel de prévention pour les populations. A chaque passage dans une famille ou chez un groupe de personnes, les gens se plaignent du fait que nous sensibilisons, sans pour autant donner le savon, des masques, ni du gel hydro-alcoolique. Pourtant, comme on le dit, nous ne pouvons donner que ce que nous avons, à savoir notre connaissance et notre engagement pour sensibiliser. Un élève-infirmier ou un étudiant ne peut pas avoir des masques, du savon et des gels à partager. Donc, ce sont des difficultés parmi tant d’autres que nous rencontrons.

Avez-vous une adresse particulière pour les autorités et les populations ?

Tout d’abord, nous voulons présenter nos condoléances aux familles endeuillées par cette pandémie. Et à tous les malades, nous leur souhaitons un prompt rétablissement.

A l’endroit de la population burkinabè, nous leur disons que le virus est réel. Le coronavirus (Covid-19) n’est pas une maladie des blancs. Notre soleil de 40°C ne nous protège pas. A la jeunesse, il faut que chaque jeune s’engage à ce que le virus ne passe pas par lui pour se propager dans le pays. Pour lutter efficacement contre ce virus, il faut observer strictement les gestes barrières : se laver les mains avec du savon et de l’eau pendant au moins trente (30) secondes ; éviter de se serrer les mains ; porter un masque ; tousser ou éternuer dans le pli du coude ou dans un mouchoir à usage unique ; pratiquer la distanciation sociale d’au moins 1m entre nous et les autres.

Nous félicitons et encourageons, au passage, les médecins et tout le personnel soignant qui luttent jours et nuits auprès des malades du Covid-19.

A l’endroit de nos autorités, nous les félicitons pour leur engagement depuis le début de la pandémie dans le pays et pour les différentes mesures prises par le Président du Faso. C’est vrai que des efforts sont faits dans cette lutte mais il reste encore beaucoup à faire surtout envers les personnes les plus démunies. Aussi, nous  demandons au CORUS d’augmenter le nombre de tests par jour car nous constatons que dans notre pays, nous réalisons en moyenne moins de cent (100) tests par jour pour les cas suspects. Pendant que nos voisins sont à plus de deux cent (200) par jour. Enfin, nous demandons à nos autorités de se pencher sur une solution locale.

Merci à vous et à toute la rédaction de Infos Sciences Culture pour l’intérêt que vous avez accordé à notre groupe. Merci pour ce que vous faites dans la lutte contre cette pandémie dans notre pays. Grace à vous, on a des informations fiables dans le domaine de la science et de la recherche au Burkina. Que Dieu bénisse le Burkina Faso et nous éloigne de ce virus.

Jean-Yves Nébié

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *