« Elles peuvent causer des pertes de rendement allant jusqu’à 100% »

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Maladies virales du manioc
Dr Fidèle Tiendrébéogo

Dr Fidèle Tiendrébéogo, Directeur pays WAVE Burkina Faso

Organisée par WAVE (Central and West African Virus Epidemiology for food security), du 20 au 28 avril 2022, la campagne de sensibilisation « Ensemble sauvons notre manioc » a permis de sensibiliser des producteurs et des transformatrices aux dangers liés aux maladies virales du manioc, leur impact sur la productivité agricole et la sécurité alimentaire. Mais quelles sont ces maladies virales du manioc ? Comment lutter contre elles ? Dans cet entretien, Dr Fidèle Tiendrébéogo, nous en parle. Il est chercheur senior en virologie moléculaire et biotechnologie à l'Institut de l'Environnement et de Recherches Agricoles (INERA) du Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST). Il est, par ailleurs, le Directeur pays WAVE-Burkina Faso.

Qu’est-ce que la maladie de la mosaïque du manioc ? Et Comment se manifeste-t-elle ?

La mosaïque africaine du manioc est une maladie virale qui affecte la culture du manioc. Cette maladie qui se manifeste par des aspects de mosaïque sur les feuilles du manioc ou des chloroses avec une perte de la chlorophylle est causée par des espèces virales de la famille des

Geminiviridae. La maladie se propage essentiellement par les échanges de boutures de manioc infectées et aussi par l’action de la mouche blanche, Bemisia tabaci, qui est le vecteur de ces virus. La mosaïque africaine du manioc cause entre 40% et 70% de perte sur le rendement de la production.

Quelle est l’épidémiologie de la maladie au Burkina Faso et en Afrique ?

La maladie est endémique à l’Afrique et les incidences peuvent atteindre 100% dans certains pays. Au Burkina Faso, nos premières surveillances épidémiologiques ont révélées une incidence de 84% en 2016. Avec nos activités de formation et de sensibilisation des producteurs et des agents de l’agriculture, nous avons relevé lors de nos surveillances de 2020, une incidence d’environ 20%. Nous avons bouclé en ce mois de mars 2022 une dernière surveillance dont les données ne sont pas encore analysées mais de façon visuelle, mais il est évident pour nous que l’incidence sera encore en dessous de 20%. Cela nous rassure que les producteurs ont commencé à reconnaître la maladie et à éliminer les boutures malades de leurs champs.

Qu’est-ce que la maladie de la striure brune du manioc ? Comment se manifeste-t-elle ?

La striure brune de manioc (CBSD) est l’une des principales contraintes de production du manioc en Afrique de l’Est et en Afrique Centrale. Les symptômes de la maladie se manifestent sur les feuilles, la tige et les racines tubéreuses. La maladie est difficilement identifiable car les symptômes apparaissent très tardivement.

La striure brune comme vous pouvez l’apercevoir est une maladie redoutable pour la production du manioc. Elle cause des pertes de 100% avec des pourritures des racines tubéreuses. Elle n’est pas encore présente en Afrique de l’Ouest et cela nous donne le temps de sensibiliser les producteurs, les acteurs de la chaine de valeur du manioc et les décideurs politiques.

Quelles sont les vecteurs de ces maladies ?

Ces deux maladies sont propagées par la mouche blanche, Bemisia tabaci, mais surtout par l’action de l’homme qui peut transporter des boutures malades d’une localité à une autre. Selon nos modèles épidémiologiques, la striure brune qui est actuellement à l’Est de la République Démocratique du Congo pourrait atteindre le Nigéria à l’horizon 2038 du seul fait de la mouche blanche si rien n’est fait. C’est dire que le vecteur joue aussi un rôle non négligeable dans la propagation de la maladie.

Quels conseils pour les producteurs afin de lutter contre ces maladies ?

La lutte contre ces maladies passe par la formation des producteurs à la reconnaissance des maladies. La mosaïque africaine du manioc est facilement éliminée par l’arrachage des plantes malades et la non reconduction des boutures malades pour de nouvelles plantations. Des variétés résistantes ont été aussi développées par la recherche scientifique. La culture de ces variétés permet d’éviter la maladie. Aussi, des programmes d’assainissement des variétés par la culture in vitro permet de mettre à la disposition des producteurs des boutures de manioc débarrassées de tout virus.
L’importation des boutures de manioc doit se faire conformément aux règles des conventions internationales régissant le transfert des semences. Cela permet d’être à l’abri des maladies. Nous disons clairement aux producteurs d’éviter les mouvements transfrontaliers des boutures de manioc.

Quelles sont les autres maladies ou ravageurs qui menacent les productions de manioc ?

Plusieurs autres maladies et ravageurs du manioc existent dans nos pays. Nous pouvons citer entre autres : la bactériose vasculaire qui est une maladie bactérienne très dommageable au manioc ; les maladies fongiques provoquent des dégâts sur les feuilles, les tiges et les racines du manioc ; les acariens, communément appelés araignées, sont des ravageurs majeurs du manioc ; plusieurs espèces de cochenilles ravageuses du manioc sont aussi connues en Afrique.

Jean-Yves Nébié

Légendes

  1. Dr Fidèle Tiendrébéogo, Directeur pays WAVE Burkina Faso
  2. Une plante présentant des symptômes de la mosaïque (à gauche) et une feuille avec la mosaïque (à droite)
  3. Symptômes sur les feuilles et les tubercules dans la zone côtière (1a/b) et la région du lac en Tanzanie (2a/b), dans la zone côtière au Kenya (3a/b) et au centre-sud de l’Ouganda (4a/b). (C) Lésions brunes sur jeune tige de manioc sévèrement atteint de CBSD (Legg et al., 2011, 2015).
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