Recherche agricole et développement rural : Le Burkina Faso renforce son arsenal pour la souveraineté alimentaire

Submitted by RedacteurenChef on Sat 30/05/2026 - 12:00
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L’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles (INERA) a lancé, le 29 mai 2026, la 17e édition de la Foire aux semences et des innovations agricoles à son siège à Ouagadougou. Placée sous le thème « Engagement de l’Etat, traçabilité semencière et innovations agricoles : leviers stratégiques de l’Offensive agropastorale pour une souveraineté alimentaire au Burkina Faso », la manifestation réunit pendant trois jours chercheurs, producteurs, partenaires techniques et financiers, décideurs publics et acteurs du secteur privé autour des innovations agricoles destinées à améliorer durablement la production nationale. La foire, qui se déroule du 29 au 31 mai 2026, propose des expositions, des ventes de semences, des panels scientifiques et des rencontres entre chercheurs, producteurs et partenaires du secteur agricole.

Dans un Burkina Faso confronté à la fois aux effets du changement climatique, à l’insécurité alimentaire et aux conséquences de la crise sécuritaire, la question agricole s'impose plus que jamais comme un enjeu stratégique. Nourrir durablement les populations, améliorer les rendements et sécuriser les revenus des producteurs constituent aujourd'hui des priorités nationales. C'est dans cette dynamique que s'inscrit la 17e édition de la Foire aux semences et des innovations agricoles de l'INERA.

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Les officiels ont parcouru les stands afin de découvrir les innovations agricoles et les nouvelles variétés issues de la recherche nationale

Pendant trois jours, les visiteurs découvrent des semences améliorées, des biofertilisants, des biopesticides, des races animales performantes ainsi que plusieurs innovations développées par les chercheurs burkinabè pour répondre aux contraintes du terrain.

Au-delà de l'exposition, l'évènement se veut également un cadre de réflexion sur le rôle de la recherche scientifique dans la transformation durable de l'agriculture nationale.

L'État renforce son engagement en faveur du monde rural

Procédant à l'ouverture officielle de la manifestation au nom du Premier ministre, le ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, Pr Adjima Thiombiano, a replacé la rencontre dans la vision gouvernementale de souveraineté alimentaire.

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Représentant le Premier ministre, le Pr Adjima Thiombiano a réaffirmé le soutien de l’État à la recherche agricole et à l’innovation

Pour lui, l'agriculture demeure un secteur stratégique dont le développement passe nécessairement par la modernisation des systèmes de production et l'utilisation d'innovations adaptées aux réalités du pays.

Le représentant du chef du gouvernement a rappelé les importants investissements réalisés dans le cadre de l'Offensive agropastorale et halieutique. Plus de 104 milliards de francs CFA ont été mobilisés pour l'acquisition d'intrants agricoles, de tracteurs et de motoculteurs destinés à soutenir les producteurs.

Mais, a-t-il insisté, les équipements seuls ne suffisent pas. À ses yeux, trois piliers doivent être actionnés simultanément pour garantir le succès de cette politique. Il s'agit de l'engagement de l'État, de la traçabilité semencière et de l'innovation agricole.

« Produire aujourd'hui ne suffit plus. La traçabilité est notre seule garantie contre les contrefaçons qui ruinent les efforts de nos producteurs », a-t-il déclaré.

Le ministre a également invité les institutions de recherche à poursuivre leurs travaux afin de mettre à la disposition des producteurs des variétés plus performantes, plus résistantes aux aléas climatiques et mieux adaptées aux exigences actuelles de production.

Quand la semence devient une question de santé publique

Parrain de cette 17e édition, le ministre de la Santé, Dr Robert Lucien Jean-Claude Kargougou, a apporté un éclairage complémentaire en établissant un lien direct entre agriculture, nutrition et santé.

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Pour le ministre de la Santé, Dr Robert Lucien Jean-Claude Kargougou, la qualité de l’alimentation commence par la qualité des semences mises en terre

Rappelant que l'agriculture emploie environ 86 % de la population et contribue fortement aux revenus des ménages ruraux, il a souligné que la qualité de l'alimentation dépend en grande partie de la qualité des productions agricoles. Et cette qualité commence dès la semence.

S'appuyant sur le concept « One Health » ou « Une seule santé », le ministre a estimé que les enjeux agricoles dépassent largement le cadre économique.

« La semence est le premier déterminant de la santé nutritionnelle de notre population », a-t-il affirmé.

À l'en croire, chaque variété améliorée développée par les chercheurs représente à la fois une arme contre la faim et un outil de prévention contre de nombreuses maladies liées à la malnutrition.

Le ministre a ainsi exhorté les producteurs à adopter davantage les innovations issues de la recherche nationale tout en invitant le secteur privé à investir dans les chaînes de valeur semencières.

Une recherche agricole appelée à jouer un rôle central

Prenant la parole au nom de l'INERA, son directeur, Dr Drissa Sérémé, a salué l'accompagnement des autorités publiques en faveur de la recherche agricole.

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« Aujourd’hui, nous ne célébrons pas seulement des semences, nous semons l’avenir de notre souveraineté alimentaire », a affirmé le directeur de l’INERA, Dr Drissa Sérémé, à l’ouverture de la foire

Il a notamment révélé que plus de 200 millions de francs CFA ont été mobilisés au profit de la recherche environnementale et agricole grâce à l'appui du ministère en charge de l'Agriculture.

Ces ressources permettront notamment d'intensifier la production de semences de qualité, de renforcer les travaux de recherche sur certaines cultures stratégiques et d'accompagner plus efficacement la mise en œuvre de l'Offensive agropastorale.

À entendre le directeur de l'INERA, cette édition marque une étape particulière dans la mesure où l'État a pris l'initiative d'acquérir toute la production de semences de base de certaines spéculations afin de la mettre à la disposition des producteurs semenciers.

Cette mesure devrait contribuer à améliorer le contrôle de la qualité des semences et à renforcer leur traçabilité.

« Aujourd'hui, en ouvrant cette foire, nous ne célébrons pas seulement des semences, nous semons l'avenir de notre souveraineté alimentaire », a-t-il lancé.

Pour Dr Sérémé, les chercheurs burkinabè continuent, malgré des moyens parfois limités, à développer des solutions adaptées aux besoins des producteurs et aux défis auxquels l'agriculture nationale est confrontée.

La traçabilité, nouveau défi de la filière semencière

La question de la traçabilité a occupé une place centrale dans les échanges.

Le délégué général du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST), Dr Emmanuel Nanéma, a expliqué les enjeux qui se cachent derrière cette notion technique.

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Évoquant les enjeux de certification, le délégué général du CNRST, Dr Emmanuel Nanéma, a insisté sur la nécessité de garantir l’authenticité des semences destinées aux producteurs

Il a rappelé que la production d'une semence améliorée suit un processus rigoureux. Les travaux débutent en laboratoire avant d'être poursuivis en milieu réel par des producteurs semenciers. Les semences obtenues sont ensuite soumises à des procédures de certification avant leur commercialisation.

Cependant, a-t-il relevé, des difficultés apparaissent parfois au moment de la diffusion.

Des mélanges peuvent intervenir entre des semences certifiées et d'autres qui ne le sont pas, réduisant ainsi les performances attendues sur le terrain.

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La remise de matériel traduit la volonté des pouvoirs publics d’accompagner la recherche et la production semencière

« C'est là que se trouve le défi actuel pour que nous puissions avoir des semences vraiment certifiées et obtenir les rendements attendus », a-t-il expliqué.

Pour faire face à cette situation, le gouvernement a décidé cette année d'acheter directement certaines productions semencières afin de garantir leur authenticité et leur distribution aux producteurs.

Une mesure qui pourrait contribuer à restaurer la confiance dans les filières semencières et à améliorer les performances agricoles.

Une vitrine des innovations agricoles

Au-delà des discours, la foire constitue une plateforme d'échanges entre la recherche et ses utilisateurs.

Des producteurs, des organisations paysannes, des partenaires techniques et financiers, des universités, des ONG, des structures de recherche ainsi que des opérateurs privés sont venus découvrir les innovations développées par l'INERA.

Les stands présentent des variétés performantes adaptées aux différentes zones agroécologiques du pays ainsi que plusieurs technologies destinées à améliorer les rendements tout en préservant les ressources naturelles.

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Des semences de variétés améliorées

La programmation scientifique de cette édition comprend un panel consacré au thème central de la foire ainsi que des communications portant sur les stratégies de traçabilité de la production semencière au Burkina Faso et sur la contribution des biofertilisants à la production semencière. Ces échanges offrent aux producteurs, aux chercheurs et aux décideurs un cadre de réflexion sur les solutions susceptibles d'accélérer la transformation du secteur agricole national.

Autant d'initiatives qui traduisent la volonté de rapprocher davantage la recherche du monde agricole afin d'accélérer l'adoption des innovations.

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Chercheurs, autorités administratives et partenaires mobilisés

Dans les allées de la foire, derrière les sacs de semences, les plants améliorés et les innovations exposées, se dessine une ambition nationale. Celle de bâtir une agriculture plus performante, plus résiliente et capable de nourrir durablement les populations. Une ambition dans laquelle la recherche scientifique, la qualité des semences et la confiance des producteurs apparaissent désormais comme des leviers indissociables de la souveraineté alimentaire du Burkina Faso.

Abrandi Arthur Liliou