Burkina Sat1 : « Avec ce projet, nous compterons bientôt dans le concert des nations », (Pr Frédéric Ouattara, physicien)

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Pr Frédéric Ouattara

Dans le cadre de la célébration de ses noces de bois, Infos Sciences Culture est allé à la rencontre de Pr Frédéric Ouattara, président de l’Université Norbert Zongo, figure de proue du projet satellitaire « Burkina Sat1 ». Il est également directeur du Laboratoire de recherche en énergétique et météorologie de l’espace. Il enseigne la physique à l’unité de formation et de recherche (U.F.R.) en sciences et technologies. Il nous a accordé un entretien, le 05 septembre 2020, à Koudougou. Les échanges, riches et fructueux, ont porté sur les activités de l’université, le projet de construction de l’agence spatiale et du satellite « Burkina Sat1 », les enjeux scientifiques, économiques, sociaux du projet, etc.  

Brièvement, pouvez-vous nous présenter l’Université Norbert Zongo ?

C’est une université publique qui compte quarante mille (40 000) étudiants environ, trois cent cinquante-six (356) enseignants et cent cinquante-huit (158) personnels administratifs, techniques, ouvriers, de services (ATOS). Nous avons des établissements d’enseignement général et des établissements professionnalisant.

Les Unités de Formation et de Recherche (U.F.R) et instituts sont : Sciences et Technologies, Science Economique et de Gestion, Lettres et Sciences Humaines, Institut universel de technologie. Je ne parle pas de l’Ecole normale supérieure car elle est en train d’être autonomisée.

Quelles sont les filières innovantes que vous avez dans votre université ?

Pour la professionnalisation, nous avons à l’Institut universel de technologie : le Génie civil, le Génie électrique, les Assistantes de direction bilingue, Tourisme et hôtellerie, la Gestion commerciale, etc. Ces parcours sont prisés car ils permettent de répondre aux besoins du marché.

L’autre innovation est l’ouverture de l’Unité de Formation et de Recherche en Sciences et Technologies. Son objectif premier est de permettre à l’université de former les étudiants en mathématiques, en physique, en informatique, en science de la vie et de la terre. Les premiers étudiants de cette unité ont terminé leurs masters.

Pour le marché du travail, nous offrons des licences en informatique, en mathématique, en chimie, en physique. On a besoin de ces étudiants pour l’enseignement et les écoles d’ingénieurs. Des laboratoires sont également créés pour diversifier le champ thématique de recherche au Burkina Faso.

Quels sont vos projets majeurs en cours à l’université ?

Les projets majeurs existent. Le vice-président chargé des enseignements a inclus, dans le cadre de la coopération inter-université, l’enseignement de la psychologie pour permettre aux étudiants de s’imprégner des résultats de la psychologie en matière d’éducation.

Nous avons aussi les laboratoires des sciences de l’éducation qui ont produit des docteurs qui vont permettre l’amélioration des pratiques enseignantes et l’augmentation des rendements internes des universités.

Sur le plan scientifique, nous avons le projet satellitaire pour le Burkina Faso. Nous avons aussi des étudiants en science de la vie et de la terre qui effectuent des recherches sur la protection et l’amélioration des plantes médicinales.

Au niveau de l’informatique, avec les étudiants en licence que nous formons, nous envisageons de créer, dans un proche avenir, un master en intelligence artificielle pour permettre au Burkina de développer aussi cette technologie.

Votre université porte le nom d’un journaliste natif de Koudougou. Quelles appréciations faites-vous de cela ?

Auparavant, notre université s’appelait Université de Koudougou. Aujourd’hui, elle s’appelle Université Norbert Zongo. Ce sont les valeurs morales et sociales incarnées par Norbert Zongo qu’on a voulu transmettre à cette université. Ces valeurs cardinales sont importantes pour un pays qui se construit. Nous voulons que les jeunes aient un repère à partir de laquelle ils pourront mieux s’exprimer et défendre les bonnes valeurs. Que son nom soit donné à l’université de Koudougou est une excellente chose, car il est natif de la ville. Nous espérons que ceux qui passent ici, essaieront de mettre en pratique ces valeurs morales et sociétales.

Vous êtes le promoteur du projet de construction du satellite « Burkina Sat1 ». En 2018, après avoir été désigné « meilleur physicien spatial d’Afrique », vous vous êtes attelé à la création d’une agence spatiale et à la construction d’un satellite. Deux projets ambitieux. Qu’est-ce qui vous les a inspirés ?

Effectivement, en 2018, j’ai été désigné comme « meilleur physicien spatial d’Afrique ». En 2019, j’ai assisté, au nom du Burkina Faso, à la session annuelle du Bureau des affaires spatiales des Nations Unies (une entité qui promeut la coopération internationale dans les utilisations pacifiques de l’espace). Avec l’appui de la représentation du Burkina Faso à Viennes (Autriche), j’ai assisté aux deux séances de l’organisation.

En général, c’est une organisation qui discute de la coopération internationale pour permettre à tous les pays, quels qu’ils soient, d’intégrer le monde spatial. C’est là que j’ai compris qu’il y a des pays comme le nôtre, le Costa Rica par exemple, qui a son satellite. Si ces pays peuvent le faire, nous pouvons également en disposer.

De retour au Burkina Faso, j’ai rencontré Pr Alkassoum Maïga, ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation. Je lui ai soumis le projet de satellite, tout en lui expliquant les tenants et les aboutissants. Il était surpris mais il m’a encouragé. Il a permis qu’à travers notre budget, le projet commence.
Nous avons commencé la construction de la station au sol. Je lui dis merci d’avoir permis que ce projet voit le jour. Je dis aussi merci au président du Faso, qui m’a reçu dès mon retour des Etats-Unis. Il a adhéré au projet quand il en a entendu parler. Il a appuyé notre travail jusqu’à la réception et l’inauguration de la station au sol le 27 août 2020. Le 03 septembre 2020, il nous a encore reçus avec les étudiants. Il a renouvelé son engagement à faire entrer le Burkina Faso dans le club des pays qui sont dans le domaine spatial. Cela démontre que le politique fait confiance à la recherche nationale.    

Une station au sol, qu’est-ce que c’est ?

La station au sol, pour un projet satellitaire, est une plateforme qui permet d’entrer en contact et d’échanger avec un satellite. Cet échange consiste à émettre des messages vers un satellite, de recevoir des données afin de les décoder et de les interpréter.
   
A quoi peut servir un satellite pour un pays comme le Burkina Faso ? Quelles données fournira-t-il ?

L’objectif, pour nous, est de répondre aux besoins fondamentaux des Burkinabé. Ce satellite va nous fournir des données dans plusieurs domaines : agriculture, élevage, mines, santé. Le satellite va permettre, entre autres, aux paysans burkinabè de produire des cultures adaptées aux changements climatiques et à la structure des sols via la certification des sols. Cela va améliorer la productivité et les rendements agricoles afin d’atteindre la suffisance alimentaire par le changement des pratiques culturales.

Les agropasteurs pourront localiser les points d’eau et les pâturages. Actuellement, c’est le Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS) qui s’en occupe, à travers les données satellitaires des satellites européens.
Si nous pouvons l’avoir, nous pouvons aider nos paysans. Par exemple, chaque agropasteur qui fait une requête paye cent (100) F CFA. Il y a la part des téléphonies et de ceux qui fournissent les images. Si nous pouvons faire cela nous-mêmes, nous aurons des recettes et cela va améliorer le mouvement de migration des populations.  

Dans le domaine minier, le satellite va permettre la certification des sols et la recherche minière. On pourra également répertorier les ressources souterraines en eau. Le Burkina Faso a plus de réserves souterraines d’eau que d’eau de surface.

Sur le plan sanitaire, nous avons, en mars-avril, la méningite qui sévit. Nous pouvons déterminer les types d’aérosols, d’agents fongiques et faire des prévisions pour permettre aux médecins de mieux traiter cette maladie.

Les gens pensent que c’est un luxe de disposer d’une telle technologie. Mais elle va répondre aux besoins fondamentaux du Burkina Faso. Avec elle, nous pouvons résoudre nos problèmes par nous-mêmes.

Vous voulez intégrer un planétarium au projet pour stimuler la vocation scientifique des jeunes. Peut-on en apprendre davantage sur ce projet ?

Par ce projet, nous voulons stimuler la curiosité et la vocation scientifique des jeunes. On va créer un planétarium qui va permettre aux jeunes, aux écoliers, aux élèves, aux étudiants de s’immerger dans les sciences de l’espace pour voir le système solaire, l’univers, etc. Cela va créer le tourisme scientifique. Les gens quitteront les autres villes pour venir à l’Université Norbert Zongo.

Nous aurons des lunettes 3D qui permettront de voyager dans l’espace. Cela va permettre aux étudiants de s’intéresser à la science. Nous espérons qu’ils vont apprécier et adhérer. Nous espérons éveiller en eux des vocations scientifiques. Nous voulons créer un vivier scientifique.

Si tout se passe bien, d’ici décembre nous recevrons le matériel. Tout sera installé entre mi-janvier et début février. On aura une plateforme qui sera fonctionnelle.  

Est-ce que le domaine sécuritaire est pris en compte, au regard des nombreuses attaques terroristes que nous vivons ?

Je suis un scientifique. Je ne parle que de science, c’est le domaine que je connais le mieux.

C’est-à-dire ? Pouvez-vous être plus explicite ?

Je fais de la science. Je vous ai décliné tous les champs thématiques qui seront abordés. C’est de la science.

La station au sol est déjà réalisée. Où en êtes-vous, aujourd’hui, avec la construction du satellite « Burkina Sat1 » ?

Les travaux sont en cours. Nous sommes à la deuxième phase, c’est-à-dire la construction du satellite au sol. Il y a une troisième phase qui concernera son transport. Les pays en voix de développement, que nous sommes, ne peuvent pas réaliser certains travaux. Il faut avoir une rampe de lancement, une fusée pour aller en orbite. Comme nous n’avons pas ces éléments, la coopération internationale nous permet d’approcher ceux qui en ont de coopérer pour les études et le transport vers la station internationale et la mise en orbite.

Est-ce qu’il y a des pays qui ont été approchés pour travailler avec le Burkina Faso dans le cadre du lancement ?

Nous avons entrepris des approches de coopération avec certains pays. D’autres pays, au regard de l’avancée du projet et de ce qu’ils en entendent dire, nous approchent. Aujourd’hui, au moins quatre (04) pays sont intéressés. Nous allons étudier les rapports qualités-prix pour décider.

Pour ce projet qui nécessite une recherche transversale, vous travailler avec une équipe pluridisciplinaire. Pouvez-vous nous parler de votre équipe ?

Pour la réalisation du projet, il y a de nombreux domaines qui interviennent, notamment la physique fondamentale qui est le minimum de base, l’électronique, la technologie des véhicules embarqués, etc. Nous avons l’obligation d’avoir une équipe pluridisciplinaire et complémentaire qui permet au projet de se réaliser.

Les retombées seront également pluridisciplinaires. Nous avons une équipe pluridisciplinaire pour l’interprétation et l’exploitation des données (médecine, hydrogéologie, écologie, physique, mines, etc.). Le secteur privé, les industriels pourront utiliser les données de ce satellite.

En matière de formation, les universités vont aussi en profiter. On a plusieurs disciplines universitaires. On peut fédérer nos efforts pour que chacun puisse tirer le maximum de bénéfice du projet et faire avancer le Burkina Faso. Nous allons former les étudiants sur le plan de la pratique.

Avons-nous les moyens techniques, humains et financiers pour entretenir et faire fonctionner la station et le satellite ?

Cette question est intéressante parce qu’on ne lance pas un satellite et on l’abandonne. Il faut qu’il reste sur son orbite durant sa durée de vie. Normalement, les prestations des lanceurs comprennent aussi la stabilisation orbitale du satellite durant sa durée de vie. Nous avons les capacités pour gérer ce satellite.

Quelle est la durée de vie d’un satellite ? Quelle sera la durée de vie du nôtre ?

Pour les nano-satellites, la durée de vie va de trois (03) à cinq (05) ans. Les gros satellites, qui pèsent autour de trois cents (300) kilos, durent entre dix (10) et quinze (15) ans. Mais les prévisions peuvent aller au-delà de ces chiffres. Le nôtre aura une durée de vie qui va de trois (03) à cinq (05) ans.

Cela signifie-t-il donc qu’il faut renouveler le satellite ?

Oui. C’est ce qu’on appelle un programme spatial. Normalement, quand on commence le programme spatial, vous êtes obligés, chaque fois, de lancer des satellites qui vont, soit compléter le précédent, soit le remplacer à la fin de sa durée de vie. Tous les pays développés sont en train de lancer des satellites, non pas parce qu’ils veulent toujours le faire, mais par ce qu’ils doivent remplacer les satellites à la fin de leurs durées de vie, pour compléter le système et créer une constellation de satellites.

Combien vont coûter toutes ces réalisations ?

La première phase a coûté environs soixante millions (60 000 000) F CFA. Elle est entièrement réalisée. Il s’agit de la station au sol, logée à l’Université Norbert Zongo. Elle est exclusivement financée par  le gouvernement burkinabè, à travers le ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation.

La phase deux est aussi financée entièrement par le gouvernement burkinabè. Le coût va tourner autour de cent dix millions (110 000 000) F CFA. Enfin, la troisième phase, sera pour le moment par le ministère de l’Enseignement Supérieur. Cela nous permettra de boucler tout le budget du satellite qui est entièrement financé par le Burkina Faso.

Quant au budget du lancement, il est connu, mais il n’est pas fixe. Il dépend des aléas. Pour cela, on ne peut pas donner un coût tout de suite. Je préfère donc ne pas me prononcer sur cela. Pr exemple, si le coût du carburant change, le budget va changer. Si les offres sont nombreuses, les coûts peuvent baisser. Les moments propices de lancement peuvent déterminer les coûts. On n’a pas tous les leviers en main. Mais le moment venu, vous aurez le coût du lancement et le coût global du projet.

Vous avez été reçu, le 03 septembre 2020, par le président du Faso. Pouvez-vous nous expliquer la quintessence de vos échanges ?

Il nous a apporté sa caution morale et politique. Un projet de cette envergure a besoin d’une crédibilité sur le plan national et international. Dès lors que le président du Faso s’engage,  le projet devient crédible. La collaboration inter-pays dans le cadre du lancement devient plus facile. Avec la diplomatie burkinabè, les portes s’ouvrent plus facilement. C’est très important. Il s’est engagé à nous accompagner. C’est un soutien nécessaire et vital pour le projet.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

La première difficulté est qu’on ne fabrique pas les éléments constitutifs du satellite. On est donc obligé d’acheter du matériel par ci et là pour monter le dispositif. Le coronavirus est venu perturber les choses. Et plus, les choses trainent, les coûts des technologies grimpent. Ce sont des choses qu’on ne maitrise pas.

L’autre difficulté était liée à la crainte de n’avoir pas tous les moyens financiers pour mener la réalisation du projet jusqu’à son terme. Mais aujourd’hui, cette inquiétude est désormais levée. On a tous les moyens financiers, c’est vraiment idéal.

Le reste est une question de compétence. Les principaux acteurs sont des Burkinabé, donc il n’y a pas de difficultés à ce niveau. D’autres difficultés peuvent survenir, des difficultés qu’on n’avait pas prévues.

Bénéficiez-vous d’une assistance technique venant d’ailleurs ?

C’est un projet burkinabè, exécuté par des Burkinabè. Tous ceux qui travaillent sur ce projet sont des Burkinabè.

Quand interviendra le lancement du satellite et la réception des premières données satellitaires décryptées ?

Les différents prestataires nous proposent des fenêtres de lancement. Il y a un prestataire qui nous offre des fenêtres de lancement en février 2021 et en juin 2021. Un autre nous propose une fenêtre en mars ou septembre 2021. Si nous sommes prêts, nous allons étudier la fenêtre la plus proche pour le lancement du satellite.

Avez-vous un appel à lancer au secteur privé ?

L’appui de l’Etat est vital et nécessaire. Mais le secteur privé gagnerait à rejoindre le projet dans la mesure où les bénéfices sont nombreux et profiteraient à de nombreux domaines d’activités. Ceux qui travaillent dans les mines peuvent nous aider. Ceux qui sont dans le domaine sanitaire peuvent nous accompagner. On peut aider certains industriels avec les données dont ils ont besoin. Quand ils nous approcheront, nous étudierons leurs champs et les données qu’ils demandent.

Ils ont intérêt à intervenir car le spatial permet de faire aussi des affaires. Par exemple, SpaceX s’est lancé dans la conquête de l’espace. Ce n’est pas fortuit. Aujourd’hui, le lancement d’un satellite se fait par plusieurs prestataires qui font du business. Nous pensons que tout le monde peut gagner dans ce projet. C’est pour l’intérêt du Burkina Faso. Chaque Burkinabé aimerait investir dans ce projet.

En dehors de ce projet, avez-vous des difficultés en matière d’infrastructures et de gestion de l’Université Norbert Zongo ?

Nous avons un problème d’infrastructures dans nos universités au Burkina Faso. C’est connu. Mais l’Etat fait de son mieux. Il est vrai qu’on ne peut pas faire sortir de terre les bâtiments aussi rapidement. Mais en ce qui nous concerne, on aura une Unité de Recherche et de Formation en Science et Technologie qui sera construite, avec tous les laboratoires nécessaires pour toutes les disciplines qui existent. Elle va coûter environ dix-sept milliards (17 000 000 000) F CFA. Il y aura un centre de calculs, deux centres de langue, un amphithéâtre, une cité universitaire. Nous avons inauguré un amphithéâtre que nous avons inauguré. On a posé la première pierre de deux amphithéâtres jumelés de deux mille cinq cent (2 500) places. Ils vont coûter environ un milliard (1 000 000 000) F CFA. Ce sont des efforts qui sont faits pour améliorer le quotidien des étudiants et l’offre de service éducatif.

Mais les effectifs croissent plus vite que les infrastructures. Pour pallier cette difficulté, nous avons loué la salle polyvalente d’une capacité de deux mille cinq cent (2 500) places. Elle nous permet d’administrer, par intermittence, les cours de lettres modernes, de géographie et d’histoire. Les étudiants en première année de lettres modernes sont au nombre de deux mille cinq cent (2 500). Ceux d’histoire sont deux mille trois cent (2 300) et ceux de géographie sont autour de deux mille (2 000).

Nos amphithéâtres ont une capacité de sept cent cinquante (750) et de mille (1 000) places. Certains diront qu’il faut construire un amphithéâtre de cinq mille (5 000) et c’est réglé. Ce n’est pas possible. Cela n’a aucun sens. Mais avec l’effort du gouvernement de créer des universités régionales, les effectifs vont baisser par eux-mêmes. A long terme, les grandes salles seront inutiles. Quand les régions auront toutes leurs universités, la pression sur les quatre grandes universités (Norbert Zongo, Nazi Boni, Thomas Sankara, Joseph Ki-Zerbo) va baisser. D’ici là, je crois que les infrastructures ne poseront plus de problèmes.

Nous avons aussi un déficit d’enseignants. Chaque année, l’Etat recrute cent (100) enseignants. Sur trois (03) ans, il y a eu un recrutement de trois cent (300) enseignants. Mais il y a des disciplines où il n’y a pas d’enseignants. S’il n’y en a pas, on ne va pas créer ex nihilo un enseignant car il faut plusieurs années d’étude et de formation. Ces problèmes vont se résorber au fil du temps.

Nous sommes aussi en train de sécuriser le foncier. La clôture de l’université sera entièrement faite cette année 2020, sur le budget de l’université. D’ici mi-décembre, si tout va bien, la clôture sera prête.

L’Etat a permis que ce soit réalisé car nous avions des problèmes fonciers avec les riverains qui vivaient sur notre terrain. Nous avions neuf cent (900) ménages qui vivaient là. Nous avions deux (02) sites de cent trente-trois (133) hectares et soixante six (66) hectares. Grâce au management du ministre de l’Enseignement Supérieur, à l’apport du maire de Koudougou et la direction de l’université, nous avons concédé trente-un (31) hectares pour ceux qui étaient sur le site. C’est à ce prix qu’on a pu sécuriser le foncier qui était un véritable problème pour nous. On peut donc commencer la modernisation de l’université.

Vous êtes actuellement l’un des scientifiques les plus courtisés. Est-ce qu’on ne doit pas craindre que des organisations internationales vous coptent au détriment du Burkina Faso ?

C’est une possibilité (rires). Mais cela dépend de celui qu’on courtise. Pour le moment, ce qui m’intéresse, c’est la réalisation du projet « Burkina Sat1 ». Je veux atteindre les objectifs pour lesquels le projet a été financé. Cela me tient à cœur. Ensuite, j’ai la charge d’une université qui est en pleine construction. Nous avons une vision accompagnée par les autorités du pays. Nous voulons que l’université ait une notoriété sur le plan physique et la qualité des résultats académiques. C’est ma préoccupation actuelle.

Avez-vous une adresse particulière ?

Je tiens à faire des remerciements. D’abord, je dis merci aux journalistes qui se sont intéressés à ce projet. Grâce aux médias, ce projet est connu.

Aux internautes, je dis merci. Ils ont diffusé grandement les travaux des journalistes sur leurs réseaux sociaux. Ils sont fiers d’avoir un tel projet au Burkina Faso.

Je remercie aussi toutes les personnes qui ont permis que le projet se réalise, sur le plan financier, structurel. Ce sont notamment le chef de l’Etat, le gouvernement, qui n’ont ménagé aucun effort pour la réalisation du projet. Je remercie tous les étudiants et mes collaborateurs qui s’investissent pour le succès du projet.

A tous mes collaborateurs de l’université, je dis merci pour leur accompagnement dans la gestion de l’établissement. Je n’oubli pas les étudiants et le personnel ATOS. S’ils n’étaient pas là, ce ne serait pas possible. Aussi je salue les autorités coutumières et religieuses, qui ont permis, par leurs médiations et leurs bénédictions, d’installer le calme à l’université.

Enfin, je loue Dieu qui m’a permis d’être à ce niveau. Je prie qu’il m’aide à réaliser ce projet et le conduisent à terme. Je veux que les espoirs des Burkinabè soient comblés. Avec ce projet, nous compterons bientôt dans le concert des nations.

Cyr Payim Ouédraogo
Jean-Yves Nébié

 

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