Ouvertes le 10 juin 2026 à la salle des actes du bâtiment PSUT de l’Université Joseph Ki-Zerbo, les Doctoriales 2026 réunissent pendant trois jours doctorants, enseignants-chercheurs, chercheurs et partenaires autour du thème « Savoirs locaux et recherche scientifique ». À travers conférences, panels et communications scientifiques, cette cinquième édition entend promouvoir un dialogue fécond entre connaissances endogènes et sciences modernes afin de renforcer la pertinence sociale de la recherche et contribuer à l’émergence d’une science africaine davantage ancrée dans les réalités locales.
Pendant longtemps, les savoirs locaux ont été relégués à la périphérie des démarches scientifiques. Considérés comme empiriques ou insuffisamment formalisés, ils ont rarement occupé une place centrale dans les politiques de recherche. À l’Université Joseph Ki-Zerbo (UJKZ), les acteurs de la recherche entendent désormais contribuer à inverser cette tendance.
Réunis à Ouagadougou dans le cadre de la 5e édition des Doctoriales, chercheurs, doctorants et responsables universitaires ont fait du rapprochement entre savoirs endogènes et recherche scientifique le fil conducteur de leurs réflexions.

Placée sous le patronage du président de l’UJKZ, le Pr Antoine Béré, et sous le parrainage du président-directeur général de Vista Group Holding, Simon Tiemtoré, cette édition se veut un espace d’échanges scientifiques mais aussi de réflexion sur la place des connaissances locales dans la construction de solutions adaptées aux défis contemporains.
Une science au service des réalités des populations
Premier à prendre la parole lors de la cérémonie d’ouverture, le président du Collège des Écoles doctorales, Pr Gabin Korbéogo, a situé les enjeux de cette rencontre dans un contexte mondial marqué par de profondes mutations.
Selon lui, la science doit aujourd’hui se positionner comme une force au service des peuples. Une mission qui exige à la fois rigueur méthodologique et capacité d’innovation.
À l’en croire, les savoirs endogènes ne constituent pas une alternative aux sciences modernes mais un complément indispensable. Hérités de générations d’observations et d’expériences, ils représentent une ressource stratégique susceptible d’enrichir la production scientifique et d’apporter des réponses adaptées aux réalités sociopolitiques, économiques, environnementales et culturelles.
Le président du Collège des Écoles doctorales a rappelé que l’Université Joseph Ki-Zerbo compte quatre écoles doctorales regroupant près de 1 940 doctorants. Chaque année, celles-ci forment au moins 150 docteurs et contribuent à la publication de centaines de travaux scientifiques.

Pour Pr Gabin Korbéogo, les Doctoriales constituent à la fois une vitrine des productions scientifiques de l’université, un cadre de dialogue entre chercheurs et un espace favorisant les collaborations interdisciplinaires.
Réhabiliter un patrimoine de connaissances longtemps marginalisé
La présidente du comité scientifique, Pr Pauline Bationo/Kando a, pour sa part, insisté sur l’importance du thème retenu.

Selon elle, les connaissances traditionnelles transmises de génération en génération constituent un terreau fertile pour la compréhension des réalités locales et le renforcement de la résilience des communautés.
Elle a cité notamment les pratiques agricoles traditionnelles, l’utilisation des plantes médicinales, les mécanismes communautaires de gestion des ressources naturelles ou encore les stratégies locales d’adaptation aux changements climatiques.
Pour la responsable scientifique de l’évènement, ces savoirs représentent des pistes prometteuses pour le développement d’une science contextualisée et opérationnelle.
« La recherche scientifique africaine reste encore insuffisamment connectée aux connaissances locales et traditionnelles », a-t-elle regretté, estimant que la faiblesse des financements et les crises successives ont contribué à fragiliser cette articulation pourtant essentielle.
Les Doctoriales offrent ainsi aux doctorants un cadre pour soumettre leurs travaux à l’analyse critique de leurs pairs et d’universitaires confirmés, renforcer leurs capacités scientifiques et développer de nouvelles collaborations.
Une vision en phase avec l’héritage de Joseph Ki-Zerbo
Pour le président de l’Université Joseph Ki-Zerbo, le thème de cette édition s’inscrit pleinement dans la pensée de l’historien dont l’institution porte le nom.
Pr Antoine Béré a rappelé que Joseph Ki-Zerbo a toujours défendu l’idée d’un développement construit à partir des réalités et des ressources propres aux peuples africains.
Selon le président de l’université, les savoirs locaux constituent un patrimoine intellectuel d’une valeur inestimable. Longtemps considérés comme incompatibles avec les méthodes scientifiques modernes, ils sont aujourd’hui reconnus comme des ressources précieuses dans des domaines aussi variés que l’agriculture, la santé, l’éducation, l’environnement ou la cohésion sociale.
À l’entendre, il ne s’agit pas de substituer les connaissances traditionnelles aux sciences modernes mais de favoriser leur complémentarité.
Le président de l’UJKZ a rappelé plusieurs initiatives engagées dans ce sens, notamment la création d’une direction des savoirs endogènes au sein du ministère en charge de l’Enseignement supérieur, la promotion d’équipes mixtes de recherche associant chercheurs et détenteurs de savoirs traditionnels ainsi que diverses rencontres scientifiques consacrées à ces questions.
Des doctorants appelés à produire une recherche utile
Le message du parrain des Doctoriales a été porté par Laurent Tiemtoré, administrateur à Vista Bank Burkina.

Avant de livrer l’allocution de Simon Tiemtoré, il a retracé le parcours du dirigeant burkinabè, depuis ses études à Ouagadougou jusqu’à la création du groupe bancaire Vista.
Dans son message, le président-directeur général de Vista Group Holding a estimé que le thème retenu constitue « un appel » à repenser les relations entre recherche scientifique et réalités locales.
Selon lui, l’Afrique dispose d’un patrimoine intellectuel considérable encore insuffisamment valorisé. Les savoirs liés à l’agriculture, aux plantes médicinales ou à la gestion de l’eau méritent d’être documentés et analysés avec la rigueur propre à la recherche scientifique.

S’adressant directement aux doctorants, il les a exhortés à développer des recherches utiles à la société.
À son avis, une thèse doit dépasser le cadre académique pour contribuer à la résolution de problèmes concrets.
« Soyez des chercheurs engagés, des chercheurs utiles, en phase avec les besoins de la société », a-t-il exhorté.

Le parrain a également plaidé pour un renforcement des investissements dans la recherche, estimant que les solutions aux défis sécuritaires, climatiques, sanitaires ou économiques du continent émergeront des laboratoires, des amphithéâtres et des centres de recherche africains.
Trois jours de réflexion scientifique

Au programme de cette cinquième édition figurent des communications scientifiques, des conférences thématiques et des panels de discussion consacrés aux enjeux contemporains de la recherche.
Les activités prévues portent notamment sur les relations entre savoirs locaux et recherche scientifique, les mécanismes de financement de la recherche doctorale ainsi que les questions de transdisciplinarité et d’interdisciplinarité dans la production des connaissances.
À travers ces différentes rencontres, les organisateurs entendent offrir aux doctorants des espaces d’apprentissage, de partage d’expériences et de confrontation des idées tout en favorisant la construction de collaborations scientifiques durables.
Au-delà des présentations de travaux et des échanges académiques, cette cinquième édition des Doctoriales se présente comme une invitation à repenser les conditions de production des connaissances dans les sociétés africaines. Une ambition qui rejoint la volonté, plusieurs fois exprimée au cours de la cérémonie d’ouverture, de bâtir une recherche plus proche des réalités locales et davantage tournée vers les besoins des populations.
Abrandi Arthur Liliou