Ceci est un communiqué de Recherche pour la Santé et le Développement (RESADE) sur la santé numérique au Burkina.
Santé numérique au Burkina : l'Écosystème Digital Minimal franchit une étape décisive, malgré des défis à relever
Après trois années d'expérimentation dans quatre districts sanitaires, l'Écosystème Digital Minimal (EDM) livre ses premiers enseignements. L'évaluation indépendante menée par l’association Recherche pour la Santé et le Développement (RESADE) met en évidence des avancées encourageantes dans l'intégration des outils numériques au sein des formations sanitaires, tout en soulignant les défis à relever pour réussir l'extension de cette réforme à l'ensemble du Burkina Faso.
Lancé en 2023 par le ministère de la Santé avec l'appui de la Fondation Gates et de plusieurs partenaires techniques, l'Écosystème Digital Minimal est né de la volonté d'harmoniser les nombreux outils numériques utilisés dans le secteur de la santé. Avant son déploiement, plus d'une centaine d'applications fonctionnaient de manière isolée, limitant leur efficacité et la qualité de l'exploitation des données.
L'initiative regroupe huit applications couvrant les principaux domaines de fonctionnement des formations sanitaires : gestion de la gratuité des soins, suivi financier, gestion des stocks de médicaments, amélioration de la qualité des soins, prise en charge de la santé maternelle et infantile ainsi que l'accompagnement des agents de santé à base communautaire. Il s’agit de :
- E-Gratuité et FIS (Facture Individuelle numérique de Soins) pour la gestion de la politique de gratuité des soins, notamment les factures (ordonnances) de la gratuité ;
- E-Flux Financier pour la comptabilité et les finances des formations sanitaires ;
- NetSIGL 2.0 pour la gestion des stocks de médicaments et autres produits de santé ;
- E-Qualité pour l’auto-évaluation de la qualité des soins dans les formations sanitaires ;
- REC-Maternité et REC-PCIME pour guider les consultations et les soins (santé maternelle et néonatale, et prise en charge des enfants de moins de cinq ans) ;
- eSanteCoM pour guider les consultations, les soins et les activités de sensibilisation menées par les agents de santé à base communautaire (ASBC).
Après trois années d'expérimentation dans quatre districts sanitaires pilotes, les districts sanitaires de Ziniaré, Ténado, Manga et Sapouy, l'évaluation révèle une appropriation progressive des outils par les professionnels de santé. Plus de neuf utilisateurs sur dix se déclarent satisfaits des applications et reconnaissent leur simplicité d'utilisation. Les outils dédiés aux soins maternels, infantiles et communautaires affichent des taux de disponibilité proches de 100% dans les structures concernées.
L'étude montre également une amélioration constante de l'implantation du dispositif. La proportion de formations sanitaires considérées comme des sites « succès » a presque doublé au cours de la phase pilote, tandis que les structures classées en « zone critique » ont fortement diminué. Ces résultats traduisent une meilleure intégration progressive des outils numériques dans les pratiques quotidiennes des équipes de santé.
L'évaluation met également en lumière plusieurs innovations organisationnelles ayant favorisé cette dynamique. L'entraide entre agents de santé, les groupes d'assistance via WhatsApp, la désignation de points focaux en santé numérique, les supervisions conjointes et les rencontres régulières de suivi ont contribué à résoudre rapidement de nombreuses difficultés rencontrées sur le terrain.
Toutefois, plusieurs défis demeurent. Les insuffisances en matière de connectivité internet, l'absence de budgets pérennes pour la maintenance des équipements, le renouvellement du matériel informatique ainsi que la double saisie des données sur support papier et numérique continuent d'alourdir le travail des agents de santé. L'étude souligne également que le tableau de bord national prévu pour faciliter l'exploitation des données n'a pas encore été déployé, limitant ainsi la pleine utilisation des informations produites pour orienter les décisions sanitaires.
Les chercheurs insistent également sur la nécessité de renforcer les formations, notamment sur l'analyse et l'utilisation des données pour la prise de décision, ainsi que sur l'amélioration de la gouvernance et de la coordination entre les différents acteurs impliqués dans la mise en œuvre du programme. Au regard des résultats obtenus, l'Écosystème Digital Minimal apparaît comme une réforme structurante pour la modernisation du système de santé burkinabè. Les acquis enregistrés démontrent que la digitalisation peut améliorer la qualité des services et renforcer la transparence dans la gestion des ressources sanitaires. La réussite de son extension à l'échelle nationale dépendra toutefois de la consolidation des infrastructures, de la mobilisation de financements durables et du renforcement des capacités des acteurs de terrain.
A propos de RESADE
RESADE est une structure de recherche à but non lucratif basée à Ouagadougou (Burkina Faso). Elle accompagne les acteurs du secteur de la santé grâce à une approche fondée sur les preuves, combinant recherche appliquée, évaluation, analyse des politiques et transfert de connaissances. L’ambition de RESADE est de contribuer à des systèmes de santé plus équitables, plus performants et plus résilients, en produisant des connaissances actionnables et en soutenant leur appropriation par les décideurs et les parties prenantes.
La vision de RESADE : « À l’horizon 2030, RESADE, une structure de référence en matière de recherche en santé, évoluant dans un environnement de résilience, influence durablement les politiques de santé, contribuant ainsi significativement à l’amélioration de la santé des populations au Burkina Faso et en Afrique ».

