Analyse comparative des compétences en dictée des élèves des écoles bilingues de la région de Oubri

Submitted by RedacteurenChef on Fri 10/07/2026 - 08:30

 

OUEDRAOGO Yamnékré Marguérite

Université Norbert ZONGO (UNZ)

Email : ouedraogomarguerite1@gmail.com

LINGANI Oumar

CNRST/INSS//Ouagadougou/ Burkina Faso

Email : olingani@yahoo.fr

Introduction

Au Burkina Faso, les difficultés d’apprentissage du français constituent un obstacle majeur à la réussite scolaire. Selon Y.M. Ouédraogo (2023), les élèves en première année bilingue rencontrent des problèmes en lecture, orthographe et production écrite. M. Kabore (2014) révèle qu’en 2005, 87,07% des candidats du Certificat d’étude Primaire ont obtenu la note de 0/10 en orthographe, un chiffre qui a légèrement diminué au fil des années. De plus, E. Pardevan et G. Kafando (2023) notent que de nombreux élèves obtiennent souvent un zéro en dictée. Ces résultats soulignent des difficultés persistantes liées aux interférences entre la langue maternelle et le français, ainsi qu’à un manque de pratiques de transfert linguistique.

Pour remédier à ces problèmes, le Burkina Faso a mis en place un système d’enseignement bilingue. P.Y. Ilboudo (2018) indique que l’utilisation de la langue maternelle (L1) facilite l’apprentissage du français (L2). La dictée est envisagée comme un outil clé pour évaluer les compétences linguistiques. Cette étude vise à examiner l’impact des approches pédagogiques, notamment le bilinguisme de transfert et le bilinguisme simultané, sur les performances en dictée des apprenants dans la région de Oubri. Le présent article tire sa substance de l’article scientifique paru dans la revue Ðamá Nɩ́naʋ, N° 22, juin 2026.

1. Cadre théorique et approche conceptuelle
Au Burkina Faso, l’amélioration de la qualité des apprentissages est une priorité. Malgré les efforts déployés, de nombreux élèves rencontrent des difficultés en français et en moore, particulièrement en lecture, écriture, orthographe et production écrite. N. Nikiema (2000) souligne que la maîtrise insuffisante du français freine la réussite scolaire dans les contextes multilingues. La dictée, mobilisant des compétences phonologiques, lexicales et grammaticales, est un outil pertinent pour évaluer les acquis linguistiques des apprenants.

Le bilinguisme, qui implique l’utilisation de deux langues dans l’enseignement, a montré son efficacité pour améliorer les performances scolaires. Selon P.T. Ilboudo (2015), les élèves qui commencent par apprendre dans leur langue maternelle développent plus facilement des compétences transférables vers le français. O. Lingani (2015) met en avant les avantages du bilinguisme de transfert, où l’alternance des langues facilite la compréhension des leçons.

La dictée est essentielle dans l’apprentissage des langues, évaluant des compétences telles que l’écoute et l’orthographe. Des études montrent qu’elle améliore les performances rédactionnelles (C. Brissaud et D. Cogis, 2011). Toutefois, S. Krashen (1993) met en garde contre les risques d’une trop grande concentration sur la langue seconde au détriment de la langue maternelle, surtout dans des contextes d’enseignement limité. 

Cette étude repose sur trois théories : l’évaluation normée de L.J. Cronbach, qui permet de comparer rapidement les performances des élèves ; l’évaluation critériée, qui définit des critères de réussite clairs ; et la théorie de l’interdépendance linguistique de Cummins, qui souligne l’importance des compétences cognitives communes aux langues.

L’évaluation critériée fixe des critères de performance précis, permettant aux apprenants de comprendre ce qui est attendu d’eux. La théorie de l’interdépendance linguistique de J. Cummins (1981) critique l’adéquation des tests standardisés pour les bilingues et met l’accent sur les compétences cognitives essentielles.

Le bilinguisme de transfert commence par l’enseignement dans la langue maternelle, facilitant l’acquisition des compétences en français. O. Lingani (2015) affirme que les apprentissages en langue nationale constituent une base solide pour l’acquisition du français. En revanche, le bilinguisme simultané utilise les deux langues dès le début, permettant une acquisition parallèle et complémentaire (J. Hamers et B. Blanc, 1987).

2. Méthodologie

Le 2 juillet 2025, le gouvernement burkinabé a renommé la région du Plateau Central en région de Oubri, avec Ziniaré comme chef-lieu. S’étendant sur 8605,11 km², Oubri représente 3,14 % du territoire national et compte 978 614 habitants, soit 4,08 % de la population totale selon le 5e Recensement Général.

La région dispose de 133 écoles préscolaires et 1086 écoles primaires, avec une forte implication des communautés locales et une croissance des écoles franco-arabes. Malgré les politiques de bilinguisme, leur mise en œuvre demeure limitée, et le modèle classique prédomine.

Cette étude a été réalisée dans les écoles bilingues de la région, en sélectionnant celles utilisant le bilinguisme de transfert et le bilinguisme simultané. La population cible comprend 100 élèves de chaque type de bilinguisme, choisis parmi les 10 meilleurs de chaque classe de cinquième année. En tout, 20 écoles et 200 apprenants ont été inclus.

L’approche de l’étude est quantitative et analytique, avec des données collectées à partir des notes des élèves en dictée, rédigées dans les deux langues (français et moore). Les indicateurs statistiques utilisés pour l’analyse incluent la moyenne, le mode, la médiane, le minimum, le maximum et l’écart-type, permettant d’évaluer les performances des apprenants et d’analyser l’homogénéité des résultats.

3. Analyse et discussion des résultats

3.1. Analyse des résultats
Une comparaison des résultats a opposé ceux en dictée des approches pédagogiques du bilinguisme simultané (pédagogie du texte) et du bilinguisme de transfert, en se basant sur des indicateurs tels que la moyenne, la médiane et l’écart-type. Les résultats montrent que les apprenants utilisant la pédagogie du texte obtiennent de meilleures performances, tant en dictée en français (moyenne de 2,44 contre 1,75) qu’en Kelg-n-gʋlsga (moyenne de 1,8 contre 1,57). L’écart est particulièrement significatif en français, indiquant une influence positive de la pédagogie du texte sur les compétences écrites.

Les scores minimums dans toutes les approches sont de 0, tandis que les performances maximales atteignent 10 en pédagogie du texte et 6 en bilinguisme de transfert. Cela montre que certains apprenants en pédagogie du texte réussissent mieux. Cependant, un nombre important d’élèves a obtenu la note zéro, révélant des difficultés persistantes en orthographe et en écriture, souvent dues à des interférences entre le moore et le français.

La médiane est plus élevée (2) en pédagogie du texte contre 1,5 en bilinguisme de transfert, ce qui confirme que cette approche favorise de meilleures performances. Néanmoins, des difficultés notables persistent en Kelg-n-gʋlsga, où la médiane est nulle pour plusieurs élèves, suggérant des problèmes d’apprentissage.

L’analyse comparative montre que les performances des apprenants en pédagogie du texte sont globalement supérieures à celles en bilinguisme de transfert. Les moyennes et les scores maximaux plus élevés dans le groupe de pédagogie du texte indiquent un impact favorable sur l’acquisition des compétences en production écrite. Cependant, la fréquence élevée de notes nulles souligne la nécessité d’améliorer les stratégies pédagogiques pour soutenir les élèves en difficulté.

En conclusion, la relation entre les performances en mooré et en français est complexe. Bien que certaines différences soient significatives, d’autres ne le sont pas, suggérant une certaine équivalence dans les compétences entre les deux langues. Ces résultats pourraient enrichir la réflexion sur les pratiques pédagogiques et l’évaluation dans un contexte bilingue, montrant que le bilinguisme simultané est plus efficace pour développer les compétences scripturales que le bilinguisme de transfert.

3.2. Discussion des résultats
Cette étude visait à évaluer les acquis en dictée des apprenants dans des écoles bilingues utilisant le bilinguisme de transfert et la pédagogie du texte. Les résultats révèlent des différences notables entre les deux approches, tant au niveau des moyennes que de la dispersion des notes. Les apprenants de la pédagogie du texte affichent des moyennes supérieures, avec 2,44 en dictée contre 1,75 pour le bilinguisme de transfert, et 1,8 contre 1,57 en kelg-n-gʋlsga. Cela indique une meilleure maîtrise des tâches orthographiques et grammaticales chez les élèves de la pédagogie du texte.

Cependant, les écarts-types sont plus élevés dans la pédagogie du texte (2,37 et 2,82) que dans le bilinguisme de transfert (1,86 et 1,93), suggérant une plus grande dispersion des résultats dans la première approche, tandis que la seconde offre des résultats plus homogènes. Cela indique que, bien que certains élèves en pédagogie du texte obtiennent des scores élevés, les performances globales sont moins équilibrées.

L’interprétation des résultats peut s’appuyer sur les théories de l’évaluation normée, de l’évaluation critériée et de l’interdépendance linguistique. Selon l’évaluation normée, les apprenants du bilinguisme simultané obtiennent généralement de meilleurs résultats, soulignant des différences significatives entre les deux méthodes. Cette évaluation met l’accent sur la compétition plutôt que sur la progression collective, montrant que la pédagogie du texte favorise l’excellence, mais avec une forte dispersion des résultats.

L’évaluation critériée révèle que la majorité des apprenants en pédagogie du texte maîtrisent progressivement des compétences d’écoute, d’orthographe et de grammaire. Cependant, les notes faibles et la présence de zéros indiquent que beaucoup d’élèves n’atteignent pas encore le niveau requis, ce qui appelle à un renforcement des dispositifs pédagogiques.

La théorie de l’interdépendance linguistique de Cummins suggère que les compétences acquises dans la langue maternelle aident à l’apprentissage de la langue seconde. Les résultats montrent que les élèves réussissent mieux en français et en moore, confirmant que le développement simultané des compétences favorise le transfert linguistique. Malgré des scores globaux bas, le bilinguisme simultané est jugé plus efficace.

Les résultats indiquent que, bien que la pédagogie du texte montre des performances supérieures, le bilinguisme de transfert favorise des acquis plus stables et homogènes, contribuant au développement global des compétences langagières. Les faibles moyennes observées dans les deux approches soulignent les défis persistants des apprenants, liés à des facteurs tels que le manque de pratique écrite, de matériel adapté et de formation des enseignants. Cela souligne la nécessité d’un accompagnement pédagogique renforcé pour améliorer les performances en dictée.

4. Perspectives

Pour améliorer les performances en dictée des apprenants dans les écoles bilingues, plusieurs actions peuvent être envisagées. Il est essentiel de renforcer la formation des enseignants sur les méthodes de dictée et les techniques de transfert linguistique. Les autorités devraient également développer des manuels bilingues adaptés aux réalités linguistiques des élèves. De plus, les enseignants devraient augmenter le nombre d’exercices de dictée pour consolider les compétences orthographiques et grammaticales des apprenants.

Conclusion
Cette étude visait à comparer les acquis en dictée des élèves utilisant le bilinguisme de transfert et le bilinguisme simultané dans la région de Oubri. Les résultats indiquent que le bilinguisme simultané favorise une meilleure maîtrise des compétences en dictée, avec des performances homogènes et moins d’erreurs orthographiques et grammaticales. L’utilisation progressive de la langue maternelle facilite également l’apprentissage du français par le transfert de compétences linguistiques.

Le bilinguisme simultané se révèle donc efficace pour améliorer les acquis en dictée, tandis que le bilinguisme de transfert montre des performances plus homogènes. L’analyse des résultats à travers les théories de l’évaluation normée, critériée et de l’interdépendance linguistique aide à comprendre les différences entre ces approches. Enfin, la langue maternelle joue un rôle clé dans le développement des compétences en dictée et dans la consolidation des apprentissages. Renforcer le bilinguisme de transfert et former les enseignants sur les méthodes de dictée pourrait durablement améliorer les performances des élèves dans les écoles bilingues du Burkina Faso.

Bibliographie 

BRISSAUD Cathérine et COGIS Danièle 2011, Comment enseigner l’orthographe aujourd’hui ? Paris, Hatier 

CRONBACH Lee Joseph, 1970. Essentials of Psychological Testing, 3e édition, New-York: Harper and Row 

CUMMINS Jim, 1981. « The role of primary language development in promoting educational success for language minority students. In California State Department of Education » California State Department of Education. p.3-49. 

HAMERS Josiane & BLANC Michel, 1987Bilingualité et bilinguisme (2eme édition). Bruxelles : Pierre Mardaga. 

ILBOUDO Paul Taryam, 2018, Impact du bilinguisme scolaire sur l'efficacité interne des écoles primaires bilingues au Burkina Faso (Période 2005-2015). Koudougou.

KABORE Madeleine 2014, « La question de l’apprentissage de la langue française au Burkina Faso » ; Nodus sciendi, N° 11 P.4-15 

KRASHEN Stephen, 1993. The Power of Reading, Libraries Unlimited Collection internetarchive books : Delaware county

LINGANI Oumar, 2015, Transfert d'apprentissage et domaines de connaissances dans les écoles bilingues dioula-francais au Burkina Faso : les mathématiques au primaire. Paris. La Défense, Thèse de doctorat. 

NIKIÉMA Norbert, 1994« Langues nationales et intérêts de classe au Burkina Faso, Les langues nationales dans les systèmes éducatifs du Burkina Faso ». P. 131-144 

NIKIÉMA Norbert, 2000« La scolarisation bilingue accélérée langue nationale-français comme alternative viable de l’éducation de base non formelle au Burkina Faso », Mélanges en l’honneur du professeur Coulibaly Bakary, Cahiers du CERLESHS, 2èmenuméro spécial (NIKIEMA, Norbert, éd.), Université de Ouagadougou, P. 123-156 

OUEDRAOGO Yamnékré Marguérite, 2023, Pédagogie du texte et lecture-écriture dans les écoles bilingues du Burkina Faso : cas des CEB de Boussé et de Sourgoubila. Mémoire de master. Université du Faso. 

PARDEVAN Ernest & KAFANDO Gilbert, 2023, « Didactique de l’orthographe : la question de la notation de la dictée dans l’enseignement primaire classique et bilingue au Burkina Faso » Edition EFUA P. 7-23