Du 8 au 12 septembre 2026, l’Institut supérieur de l’image et du son (ISIS-SE) de Ouagadougou a abrité la 8ᵉ édition de la Semaine de la critique cinématographique de Ouagadougou (SECRICO). Initiée par l’Association des critiques de cinéma du Burkina (ASCRIC-B), cette rencontre biennale a réuni une cinquantaine de participants autour du thème « Les Étalons d’Or de Yennenga, éléments d’émulation dans le cinéma burkinabè ». Projections de chefs-d’œuvre du septième art, communications académiques et atelier d’écriture ont rythmé ces cinq jours d’échanges intensifs visant à doter les professionnels des médias d’outils d’analyse pointus avant le grand rendez-vous du FESPACO 2027.
Capitale historique du cinéma africain, Ouagadougou prépare activement ses relais médiatiques. À quelques mois de la trentième édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision (FESPACO), prévue en mars 2027, la question du niveau d'exigence dans le traitement journalistique des œuvres cinématographiques se pose avec une acuité particulière. Pour y répondre, l'ASCRIC-B a réuni durant cinq jours des journalistes, des critiques de cinéma, des universitaires et des praticiens de l'image.
Un cadre de renforcement avant le grand rendez-vous du FESPACO
Dès l'ouverture des travaux, le président de l'ASCRIC-B, Abraham Bayili, a planté le décor de cette initiative biennale. « C'est une initiative qui se tient chaque deux ans entre deux festivals courts. Pour cette année, nous avons décidé de travailler sur les Étalons d'Or de Yennenga », a-t-il précisé.

À l'en croire, cette 8ᵉ édition vise prioritairement le renforcement des capacités des membres de l'association tout en s'ouvrant largement aux professionnels des médias burkinabè. Le premier responsable a insisté sur l'urgence d'outiller les journalistes à six mois du FESPACO « pour qu'ils soient plus efficaces pendant le festival ».
Trois chefs-d'œuvre et un croisement de regards
Au cœur du dispositif pédagogique figurait un corpus de trois œuvres majeures sacrées au FESPACO : Tilaï d'Idrissa Ouédraogo (1991), Buud Yam de Gaston Kaboré (1997), ainsi que Katanga, la danse des scorpions réalisé par Dani Kouyaté en 2025.
Pour disséquer ces films, l'association a sollicité quatre communicateurs, associant le monde universitaire aux praticiens du cinéma. Les universitaires ont ouvert le bal le premier jour sur Tilaï. Le Dr Jacques Barro a exploré les correspondances entre la tragédie amoureuse d'Idrissa Ouédraogo et la pièce Phèdre de Jean Racine, tandis que le Dr Ignace Sangaré s'est penché sur le passage du conte traditionnel au langage cinématographique à travers l'oralité.
Les professionnels ont ensuite pris le relais pour décortiquer les deux autres Étalons d'Or. Le cinéaste Serge Armel Sawadogo s'est intéressé à Buud Yam, abordant le film dans sa globalité tout en s'attardant sur l'analyse fine de séquences clés. Pour cette démonstration, il s'est appuyé sur l'ingénieur du son Sougrinoma Ferdinand Tapsoba pour analyser la composante sonore et la musique, ainsi que sur le cadreur et chef opérateur Moussa Mohamed Ouédraogo pour disséquer les cadrages. Pour sa part, le cinéaste Sékou Traoré s'est penché sur le troisième long-métrage du corpus, Katanga, la danse des scorpions, afin d'en livrer une lecture professionnelle et technique.
Annick Kandolo décortique l'écriture filmique et la mise en scène
Le vendredi a été consacré à un atelier pratique sur l'art de rédiger une critique. Lors de cette session, la vice-présidente de l'ASCRIC-B, Annick Kandolo, a tenu à présenter les fondements sur lesquels doit s'appuyer toute analyse d'œuvre. Aux yeux de la responsable, la thématique centrale, qu'il s'agisse d'une histoire d'amour ou d'interdit comme dans Tilaï, constitue le premier déclencheur d'écriture. Mais elle a précisé que cette thématique reste indissociable du scénario et de sa structuration narrative.

Pour sa part, Annick Kandolo a insisté sur la nécessité de comprendre la mise en scène, qu'elle définit comme la manière dont l'histoire est racontée à travers le jeu d'acteur, les choix artistiques et les contraintes techniques. Elle a notamment mis en garde contre le non-respect des codes de la narration par l'image, expliquant par exemple que l'alignement successif de plans de même valeur fait piétiner l'action.

Confiant avoir appris la critique en autodidacte en observant le travail des anciens, la vice-présidente a invité la jeune génération à profiter pleinement de ce cadre formel tout en continuant à se documenter à l'extérieur. Si d'autres textes ont été brièvement effleurés au fil des échanges, l'atelier s'est principalement appuyé sur une critique modèle du journaliste Olivier Barlet, publiée sur Africultures, autour du film nigérian All the Colors of the World are between Black and White réalisé par Babatunde Apalowo.
La métamorphose du regard chez Abdel Aziz et Cécile Sawadogo
Cette immersion pédagogique a immédiatement suscité des réactions enthousiastes chez les hommes et femmes de média venus parfaire leurs armes. De l'avis du journaliste Abdel Aziz Sawadogo, cette initiative de l'ASCRIC-B est à saluer à sa juste valeur.

Le reporter a affirmé que les projections et les communications ont permis d'aller bien au-delà du simple divertissement pour saisir l'implicite des films et le rôle fondamental de toute l'équipe technique réunie autour du réalisateur. Il a souligné que cette formation permettra désormais aux journalistes de regarder les œuvres autrement et de jouer pleinement le rôle de spécialiste culture au sein de leurs rédactions respectives.
De son côté, la journaliste Cécile Sawadogo a exprimé sa satisfaction d'avoir participé à ce rendez-vous. Elle a avoué qu'avant cette édition, son attention se focalisait uniquement sur les acteurs à l'écran, sans prendre le temps d'analyser le travail de l'ombre.

La journaliste a indiqué avoir découvert toute l'ampleur de la chaîne créative qui s'active derrière la caméra pour donner vie à un film.
Rendez-vous le 12 octobre pour le Prix Clément Tapsoba
Lors de la cérémonie de clôture du samedi, marquant la fin de cinq jours d'échanges, le président Abraham Bayili est revenu sur le bilan de cette édition ayant rassemblé une cinquantaine de participants. « Après 8 éditions, je pense que l'objectif est clair, c'est le renforcement des capacités des membres de l'association, mais aussi ouvert aux journalistes », a-t-il déclaré.

Pour le responsable de l'ASCRIC-B, l'ambition ultime reste la démocratisation de la critique dans l'espace public. « Nous voudrons que dans la plupart des médias burkinabè, si on peut avoir des plages pour le cinéma, des colonnes pour le cinéma, cela va vulgariser davantage les métiers du cinéma », a-t-il conclu.

L'apothéose de cette 8ᵉ édition aura lieu le 12 octobre prochain, à l'occasion de la Journée du cinéma africain. Ce jour-là, l'ASCRIC-B décernera le prestigieux Grand Prix de la critique cinématographique Clément Tapsoba, en même temps que la remise officielle des attestations de participation aux bénéficiaires de la SECRICO 8.
En rapprochant ainsi le micro, la caméra et la plume de la lumière des écrans, la SECRICO 8 pose les jalons d'une presse plus aguerrie et prête pour les grands défis du FESPACO 2027.
Abrandi Arthur Liliou