Dans le cadre de la deuxième phase des Journées nationales d'engagement patriotique, l'Université Joseph Ki-Zerbo a procédé, le lundi 12 octobre 2026, à la traditionnelle montée des couleurs. À cette occasion, l'université a annoncé que les retards ont été résorbés, tout en invitant tous les acteurs universitaires à respecter le calendrier qui fixe la fin de l'année académique 2026-2027 au 19 juin 2027.
Dès l'entame de la cérémonie, tous les acteurs universitaires ont entonné fièrement le Ditanyè, l'hymne national du Pays des hommes intègres, pour le lancement de la troisième édition de la deuxième phase des Journées nationales d'engagement patriotique et de participation citoyenne (2 au 16 octobre 2026).

Pr Antoine Béré, Président de l'Université Joseph Ki-Zerbo, a profité de l'occasion pour féliciter tous les acteurs pour la mobilisation et les respect des valeurs de la république. Il a également salué tous les efforts consentis pour la résorption des retards académiques au sein de l'institution.

« Cette année, l'Université Joseph Ki-Zerbo, à l'instar des autres universités, a réussi à venir à bout des chevauchements et des retards académiques. Cela n'a pas été facile. Mais, avec la contribution de tous les acteurs universitaires, nous y sommes parvenus. Je tiens à remercier tous ceux qui ont travaillé à l'atteinte de ces résultats. Par ailleurs, j'invite encore tous les acteurs à continuer sur cette lancée pour que nous respectons l'échéance du 19 juin 2027. À cette date, nous devons terminer toutes les activités académiques. Nous devons continuer à mettre en œuvre les stratégies et les actions qui nous ont permis l'année dernière de résoudre le problème des chevauchements et des retards », a-t-il affirmé.
Ce fut également l'occasion de transmettre aux acteurs le message du Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, dans le cadre du lancement de la troisième édition de la deuxième phase des Journées nationales d'engagement patriotique et de participation citoyenne. Son message a été presenté par Ali Ouédraogo, Secrétaire général de l'Université Joseph Ki-Zerbo.
Ainsi, le Président du Faso a exhorté les Burkinabè à s'engager pour la promotion du Made in Burkina en faisant de chaque achat un acte de souveraineté.
Concrètement, il appelle les Burkinabè à produire, à transformer et à consommer. « Notre peuple doit produire, transformer et consommer. Ce sont les trois maillons d’une même chaîne. Qu’un seul cède, et c’est toute la chaîne qui se fragilise. Si nous ne produisons pas, si nous ne transformons pas, si nous ne consommons pas ce qui vient de chez nous, d’autres nous nourriront et nous habilleront. Or, souvenons-nous de cette vérité : celui qui vous nourrit finit par vous dicter sa volonté », a-t-il expliqué.
Trois verrous qui maintiennent la dépendance
Selon le Président du Faso, trois verrous maintiennent encore la dépendance du Burkina Faso. Le premier verrou, c’est la production.

« Les bras valides ne manquent pas dans nos villes et nos campagnes. La terre est féconde. Mais l’eau dort encore dans nos barrages. Les tracteurs ne sillonnent pas assez nos champs. Les semences et les engrais restent insuffisants et arrivent parfois tard. L’insécurité qui nous a été imposée a éloigné des familles entières de leurs terres. Pourtant, partout où nous avons aménagé et soutenu la production, la terre a répondu : plus de sept millions de tonnes de céréales et le cap du million de tonnes de riz franchi. La preuve est là : le Burkina Faso peut se nourrir lui-même », a-t-il indiqué.

Le deuxième verrou, c’est la transformation. « C’est là que nous devons franchir un cap décisif. Nous vendons encore trop souvent brut, et nous rachetons fini. Le coton ne doit plus quitter notre pays en balles pour nous revenir en chemises. Le karité ne doit plus partir en amandes pour nous revenir, après transformation ailleurs, en pommades, en crèmes ou en chocolat vendus à prix d’or. Il en va de même du sésame, de la mangue, des cuirs et des peaux, du bétail sur pied : chaque fois que nous exportons sans transformer, nous transférons ailleurs la plus grande part de notre richesse. La valeur ajoutée n’est pas un mot d’économiste : ce sont des emplois pour nos jeunes, des revenus pour nos familles, des ressources pour nos écoles. Et pendant ce temps, ce que nous ne savons ni sécher, ni conserver, ni emballer pourrit dans nos villages. Un pays qui ne transforme pas ses richesses, en cède la plus grande valeur aux autres », a-t-il ajouté.

Le troisième verrou, c’est la consommation. « Celui-là n’est ni dans nos champs ni dans nos usines : il est dans nos têtes. Le riz importé a longtemps inondé nos marchés pendant que le riz de Bagré, du Sourou et de Samendeni cherchait preneur. Le bouillon industriel dispute sa place au soumbala dans nos sauces. Du Faso Dan Fani, on dit qu’il est « cher » ; de la chemise importée, on dit qu’elle est « normale ». Ce conditionnement doit être brisé. Servir ce que notre terre a produit n’est pas un signe de pauvreté. C’est un acte de fierté, un geste d’honneur, une affirmation de souveraineté », a-t-il indiqué.
En outre, il a nommé, sans détours, les ennemis de la bataille pour la souveraineté. « La fraude, la contrebande, et les fausses déclarations font entrer à vil prix des produits qui concurrencent déloyalement ce que nos unités produisent honnêtement. Il y a le commerçant véreux qui spécule sur la faim, cache les vivres pour faire monter les prix ou dénigre nos produits pour écouler ceux importés. Il y a le saboteur qui pratique la rétention de stocks, diffuse des rumeurs sur la qualité de nos productions ou provoque des retards volontaires de livraison. Il y a enfin ceux qui contournent la préférence nationale dans les marchés publics. Toutes ces pratiques affaiblissent notre production et doivent être combattues sans relâche. Plus insidieux encore : le boycott silencieux. Ceux qui applaudissent le consommer national en public et remplissent leur table de produits importés en privé. Ceux qui écrivent « Made in Burkina » dans leurs discours et refusent dans leurs bons de commande d’inclure des produits burkinabè. À ceux-là, je le dis clairement : vous trahissez le combat que vous prétendez servir. Nous poursuivrons la normalisation de nos produits transformés, la protection du label national et la lutte contre les pratiques frauduleuses. Mais aucune loi, aucun contrôle ne remplacera la vigilance du peuple. Je demande donc à chacun d’être vigilant, d’être un « labaal » de cette bataille pour notre souveraineté économique », a-t-il conclu.
Jean-Yves Nébié